Créer un espace pour durer

« Regrouper les microbrasseries du Québec, promouvoir et défendre leurs intérêts communs », telle est la mission de l’Association des microbrasseries du Québec

(AMBQ) depuis sa première réunion des membres, tenue le 23 février 1990.

Un environnement d’affaires difficile : entre oligopole et régime réglementaire inadéquat

Il importe de rappeler le contexte dans lequel les microbrasseries ont été fondées : Dans les années 1980, le marché québécois était alors contrôlé à 99,8% par trois grands brasseurs : Labatt, Molson et O’Keefe. Ces deux derniers ont par la suite fusionné. Il s’agissait d’un véritable oligopole qui avait la main mise sur le marché de la distribution et des ventes, ainsi que sur la production des matières premières. Par ailleurs, tout le cadre législatif et réglementaire avait été élaboré en fonction de la réalité des grands joueurs. Il s’avérait très contraignant pour les petites brasseries.

La naissance des petites brasseries québécoises s’inscrivait dans une récente tendance internationale de vouloir résister à l’uniformisation et prendre position face à la production standardisée.

Avant même de fonder l’AMBQ, les premiers microbrasseurs avaient resserré les rangs, d’une part pour éviter de s’entredéchirer, et d’autre part afin d’entreprendre des actions communes. La concrétisation de ce regroupement sur le plan légal s’est donc ensuite avérée un aboutissement logique et naturel. L’action en groupe qui a suivi a donc été prioritairement guidée par l’obligation vitale de bâtir un nouvel environnement susceptible de leur permettre de grandir et de durer.

Les défis majeurs des années 1990 : Le permis d’exister partout au Québec

Un premier défi de taille a été de sensibiliser les gouvernements et de se faire comprendre par ceux qui avaient élaboré et appliquaient les lois et règlements.

Dès leur première réunion en février 1990, les membres de l’association statuent sur un mémoire adressé à la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) dans lequel ils réclamaient une modification règlementaire qui permettrait aux microbrasseries possédant un permis industriel de vendre leurs produits sur place..

Il leur faudra soutenir leurs efforts jusqu’en 1996-97 pour obtenir une modification à la règlementation autorisant les microbrasseries à effectuer sous un même toit la production de bière et la vente. Ce gain a joué un rôle déterminant, non seulement pour la croissance des microbrasseries existantes, mais également sur le développement ultérieur de l’industrie microbrassicole.

Un nouveau modèle d’affaires pour s’implanter et réussir en région

Jusqu’à cette époque, les tentatives de lancer des microbrasseries en régions avaient connu plusieurs échecs. À un point tel que, même avec un nouveau modèle, les jeunes promoteurs se faisaient dire par des institutions financières : on n’investit pas dans un tel projet car la preuve est faite qu’en dehors de la grande région de Montréal, c’est impossible que ça marche. Avec le lancement réussi de microbrasseries notamment dans

Charlevoix, en Mauricie et à Québec, la modification au permis s’est tout de même avérée la pierre d’assise d’un nouveau modèle d’affaires; celui où la production est couplée avec un lieu de restauration, ou un salon de dégustation, ou un bistro-pub. La rentabilité pouvait ainsi être atteinte localement et ainsi constituer une base pour ensuite rayonner hors région si désiré.

La modification réglementaire obtenue par l’AMBQ est donc un élément crucial à l’origine de l’implantation et du développement avec succès de la nouvelle génération des microbrasseries, particulièrement en région.

Cependant, pour se développer et durer au Québec et hors Québec, il en faudra plus.

Pour un environnement fiscal qui permette de durer

À l’époque, un point majeur distinguait le Québec et le Canada de plusieurs autres grands pays producteurs. En effet, dans ces pays, comme l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis, des mesures avaient été prises, notamment sur l’environnement fiscal. On voulait permettre la survie des petites brasseries et ainsi l’expression pleine et entière de « l’art brassicole », en atténuant les effets de la concentration nationale et mondiale. Ici, c’était tout le contraire.

En 1990, lorsque l’industrie québécoise des microbrasseries entreprend ses démarches pour améliorer les régimes de taxations au provincial et au fédéral, elle ne fait que réclamer ce qui a été graduellement instauré dans les grands pays producteurs de bière à travers le monde.

Il faut préciser ici que les taxes visées ne sont pas celles de la TPS et de la TVQ, mais d’autres taxes cachées qui portent sur la vente ou la production.

Tous les membres originels de l’AMBQ et ceux qui se sont ajoutés ont dû démontrer une forte dose de ténacité pour atteindre leur objectif. En effet, le travail sur ce sujet a tellement été de longue haleine qu’il est inscrit à l’ordre du jour de presque toutes les réunions tenues entre 1990 et 2006.

Taxe québécoise spécifique sur la vente

Cette taxe avait un effet particulièrement pervers et injuste. Appliquée lors de la vente et dû au coût plus élevé de leurs produits, elle coûtait plus cher aux microbrasseries qu’aux grands brasseurs. C’est en 2003 que s’est concrétisé le régime actuel au Québec, qui prévoit une réduction de la taxe spécifique sur la bière. Cette mesure s’applique aux brasseries dont la production n’excède pas 300 000 hectolitres, qu’elles aient un permis industriel ou artisanal. Un taux réduit progressif est accordé sur un certain pourcentage d’hectolitres. Cette mesure constitue un premier soutien important au développement économique de l’industrie des microbrasseries.

Taxe d’accise au fédéral

Pour mener le combat sur les droits d’accise, André Dion a tout d’abord constitué une coalition de brasseries à travers le Canada, car il n’y avait pas d’association dans toutes les provinces. Graduellement, avec la naissance de telles associations, l’AMBQ s’est alliée à une Association canadienne des petits brasseurs. En 2006, elle remporte un autre gain majeur en obtenant une réduction sur les droits d’accise (taxe fédérale) sur les 75000 premiers hectolitres produits. Soulignons que cette mesure, débattue pendant douze ans, a été étendue par le gouvernement du Canada non seulement à toutes les petites brasseries (permis industriel et artisanal), mais également aux grands brasseurs. Le plus important pour l’AMBQ, c’est qu’elle procure une nouvelle et importante marge de manoeuvre qui permet d’améliorer les fonctions de marketing, de ressources humaines et d’acquisitions d’équipements.

Seize ans pour réussir à atteindre les premières cibles majeures du groupe Il aura donc fallu seize années pour que l’AMBQ, par son travail incessant, réussisse à créer un espace vital et à harmoniser l’essentiel des politiques fiscales du Québec et du Canada avec celles des autres grands pays producteurs, en ce qui a trait au marché de la bière.

Des impacts importants dans toutes les régions

En 2010, on peut facilement constater les impacts réels du rôle de l’association sur l’émergence des microbrasseries au Québec quand on met en parallèle les phases de créations d’entreprises et leur répartition sur l’ensemble du territoire du Québec avec la période où chaque gain a été obtenu. Un travail de groupe qui a servi et sert toujours très bien tous les entrepreneurs brassicoles.

L’AMBQ espère que de telles réussites vont faciliter l’atteinte de nouveaux objectifs très importants pour la progression de l’industrie des microbrasseries, notamment la révision du cadre législatif et réglementaire et l’instauration d’un environnement d’affaires plus équitable.