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Maltus Faber hisse ses voiles à Gênes

En quelques minutes, vous pouvez marcher des abords du yacht d’un multimillionnaire aux allées étroites, sombres et claustrophobiques de la vieille ville et les regards glauques de ses habitants. Un véritable choc de cultures sévit au centre de Gênes, un que l’on retrouve rarement en Italie. Près du port, les fashionistas typiques à Milan, Rome ou Florence semblent effectivement être remplacés par la distribution disparate d’un film de pirate, fronçant les sourcils, titubants, bruyants, colorés.

Aussi romantique que cela puisse paraître, c’est quand même ici dans ce vieux port de mer grouillant que Christophe Colomb apprit à hisser une voile. Une histoire pleine d’espoir dont s’inspirent deux entrepreneurs brassicoles de la région.

 

En effet, à quelques kilomètres de ce bord de mer des plus animés, une toute nouvelle brasserie artisanale a récemment mis les voiles, le fruit des efforts de Fausto Marenco, brasseur maison réputé, et  Massimo Versaci, amoureux de la cervoise de qualité et membre d’Unionbirrai depuis belle lurette. Leur rêve, du nom de Maltus Faber, prit forme très récemment lorsque leur équipement personnalisé a été installé dans un secteur industriel en périphérie de la cohue génoise. Ils commencent à peine à s’exprimer sur la scène italienne, mais votre humble serviteur prédit que Fausto et Massimo réussiront à faire des vagues dans cette communauté microbrassicole une fois que leurs produits pourront atteindre davantage d’amateurs de contrées autant locales qu’éloignées.

 

Ce nouvel équipement a été baptisé l’été dernier avec un premier brassin appelé In Primis, une ale de style belge qui lie des éléments de deux recettes chères à Maltus Faber, la Blonde et la Ambrata. Dans cette In Primis, les houblons herbacés et la douillette levure rappelant le pain virevoltent autour de céréales fraîches, créant une ale équilibrée et très digeste. La signature des houblons est très feuillue et légèrement florale, bien nivelée avec le reste des saveurs proposées et représente un symbole clair de la minutie de son créateur. La gazéification active, mais pacifique ajoute à cette facilité à boire autant qu’à l’impression d’authenticité et les céréales légèrement caramélisées fournissent une touche fruitée grâce à leur compagnon levuré. Nul ne pourrait espérer de meilleures cérémonies d’ouverture.

 

 

Leur magnifique Blonde quant à elle fût la culmination de plusieurs tests, dont un brassé avec des malts « pale ale », un plus fort en alcool, etc. La Blonde qui tomba dans l’œil – et gagna les faveurs des papilles – de ses créateurs est une vigoureuse ale de style belge qui sait proposer un houblonnage citronné et herbacé presque thérapeutique sur un lit de céréales et de paille enduit de levure rappelant la pâte, construisant un exemple étonnamment authentique de cette famille d’ales du plat pays. Si davantage de brasseries comptaient sur une « petite blonde » comme celle-ci, les masses pourraient peut-être finalement connaître ce qu’une bonne bière accessible peut offrir. Plusieurs brasseries belges même seraient sans aucun doute fières d’avoir un produit phare d’une telle qualité!

 

Parmi leurs nectars plus puissants, j’ai pu aussi faire connaissance avec leur Triple Blonde, une Triple de style belge qui mousse céréales sucrées, houblons herbacés et pointes levurées dans un corps effervescent et aéré. Cette Triple est déjà très facile à boire malgré ses sucres résiduels quelques fois pesants et la levure subtilement épicée, poivrée même, sait s’harmoniser à l’amertume engagée des houblons herbacés.

 

 

Celle qui attirera possiblement le plus de regards langoureux– et suscitera la production de généreuses doses de salive – se nomme Extra Brune. Cette grande séductrice sait titiller avec ses offrandes de gâteaux au chocolat couverts de raisins secs, son alcool vineux et ses décorations de levure poivrée, hypnotisant les papilles avec son corps aussi voluptueux que souple. Même qu’une bouteille vieillie 3 ans, brassée dans une vie antérieure, réussit à transporter mes papilles encore plus loin, signe que Maltus Faber a ici un nectar qui se bonifiera avec les années. Dans celle-ci, une délicate madérisation élevait le malté chocolat-caramel à de superbes hauteurs et longueurs; un vrai délice. J’ose même dire que ce brassin possédait plus de corps et autant de complexité que la vénérable Rochefort 10! Le réchauffement de l’alcool fonctionnait à merveille avec le profil malté éloquent et la levure semblait ajouter une touche poivrée, épicée en finale. Est-ce que cette Extra Brune serait la pièce de résistance de la brasserie?

 

Comme si cela ne suffisait pas, Maltus Faber nous prépare d’autres élixirs propices aux voyages gustatifs, telle la Birra di Natale, une ale forte pour le temps des Fêtes, la Brune, une version plus humble de la Extra (mais tout de même à 8% d’alcool), et la Imperial Stout, qui a fait tourner plusieurs têtes lors d’un festival de bière il y a quelques mois. Afin de ne pas passer outre les créations de Maltus Faber lors de votre périple italien, je vous conseille fortement de vous rendre dans le quartier de Nervi, un peu à l’extérieur du centre de Gênes, et de vous laisser séduire par la cuisine franche et parfumée de la chef du fantastique Osteria del Duca, un sympathique bistro-pub où vous pourrez vous laisser bercer par le son des vagues s’écrasant sur la plage aux côtés de la terrasse. Le sempiternel arôme du pesto alla Genovese vous croisera sûrement, côtoyé par les effluves d’un risotto di mare et du butin de la pêche du jour. Votre regard se tournera sûrement ensuite vers les fûts de microbrasseries italiennes du bar et les nombreuses bouteilles belges et italiennes au frais tout près. Laissez-vous tenter par celles signées Maltus Faber. Il a fort à parier que vous allez faire connaissance avec un chef d’œuvre potentiel.