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Ein Prosit : « 5 à 7 où es-tu ? »

Quelle belle habitude à la fin d’une journée de travail quand les gens se réunissent pour prendre un verre et discuter. Les « 5 à 7 » ou « happy hour », peut importe le nom qui leur est donné, sont des moments de détente et de socialisation forts appréciés par de nombreuses personnes dont l’auteur de ces lignes. Cette coutume présente dans plusieurs pays nous offre l’opportunité de boire une bonne bière, à moindre prix, et de refaire le monde à chaque gorgée.

Avec les formalités d’usage lors de mon arrivée, j’avais du retarder ce fameux moment mais je m’étais juré de saisir la première occasion de me présenter dans un broue-pub en fin d’après-midi et ainsi faire d’une pierre deux coups : rassasier mes papilles des décoctions locales et pratiquer mon allemand au milieu du peuple. Enfin, le croyais-je ! La bière était bel et bien fidèle au poste mais les habitudes n’étant pas les mêmes dans tous les pays, il n’y avait pas foule…

Qu’elle était envoûtante cette bière. Magnifique robe acajou, subtils arômes épicés de sucre d’orge, saveur intense de caramel inondant la bouche d’une vague chaleureuse et réconfortante. Bockbier, bière saisonnière ou « du moment » telle qu’annoncée en allemand au tableau de chez Friedrich’s Brauhaus à Chemnitz. Elle ne titrait que 6% d’alcool ce qui ne manqua pas de m’étonner. Quoi qu’il en soit, elle fut la seule compagne de mon premier 5 à 7 en Allemagne. L’endroit était pourtant très agréable avec son large bar, ses boiseries sombres, le cuivre des équipements de brassage bien en vue et la gentillesse du personnel. On était pourtant jeudi soir et la fin de semaine approchait à grands pas. Il est vrai par contre que ça n’a pas la même signification ici. Ce devait être des restants d’habitudes du Québec dont je ne m’étais pas encore débarrassé. Jeudi n’est pas nécessairement synonyme de jour de paie en Allemagne puisque les gens ne sont payés qu’une fois par mois. Il n’y a donc pas autant d’intérêt en ce jour de la semaine pour festoyer entre amis après le travail. Les allemands soupent aussi généralement tôt. Ils prennent rarement le temps de s’arrêter au pub en route pour la maison. Leur happy hour se passe chez eux. S’ils s’arrêtent quelque part, c’est au restaurant pour y manger. Ils boiront assurément une bière par le fait même mais il n’y aura pas d’interaction entre les gens ni de côté social rattaché à l’activité. Dommage ? Un peu ! Quoi que pour eux c’est dans la normalité. Il s’agit simplement d’une question d’habitudes à laquelle on doit s’adapter. La bière est une compagne qu’il fait bon partager mais on peut parfois aussi démontrer un peu de possessivité à son égard et lui accorder en retour toute notre attention. Puisqu’elle le mérite bien, je passerai donc mes 5 à 7 seul en sa compagnie. Sinon, pourquoi ne pas organiser moi-même ces rendez-vous chers à mon cœur. Après tout, que signifie l’expression « échanges culturels » ? Ça veut dire qu’on en prend et qu’on en laisse. Je repartirai sûrement de l’Allemagne avec des faux plis. J’espère bien en retour laisser derrière moi quelques bribes d’une culture qui m’est chère et que je souhaite partager. Enfin, on verra…

 

Seul contre toutes

Comme il est difficile en arrivant dans un nouveau pays de s’y retrouver parmi la multitude de bières offertes ! Prenons par exemple un étranger arrivant au Québec et voulant découvrir les bières de spécialités. Avec les brasseries qui poussent comme des champignons depuis quelques années, il lui faudrait beaucoup de temps avant de faire le tour et bien connaître ses préférences. C’est sensiblement la même chose en Allemagne sauf que le nombre de brasseries est encore plus élevé ! Le premier réflexe est évidemment de vouloir tout goûter. Et quand je dis tout…Heureusement la classification des bières est fort simple. Pils, Helles, Dunkel, Weizen, Kellerbier, le nom inscrit sur l’étiquette se réfère le plus souvent au style de la bière qui se trouve dans la bouteille. Ce n’est pas très poétique mais ça permet déjà d’avoir une bonne idée de ce qu’on va boire. Malheureusement, certains styles ou « appellations » dont le nom diffère ne présentent pas de grandes différences pour les papilles. La nuance gustative étant très mince et la qualité variant d’une brasserie à l’autre, le choix d’une bouteille peut être hasardeux. Ce qui fait que je me sens légèrement perdu parmi toutes ces brasseries. C’est agréable parce que ça me donne l’impression de repartir à neuf et de retrouver l’enthousiasme des débuts mais je manque de repères. Je me fie donc au départ à la beauté de l’étiquette, à la taille ou la provenance de la brasserie, aux ouï-dires, bref je fais le tour des préjugés. J’y vais à tâtons pour finalement goûter le plus de bières possible et rendre mon verdict : Généralement bonnes, quelques fois mauvaises et certaines formidables. Normal quoi ! C’est bizarre, je carburais selon l’idée folle que toutes les bières ou presque seraient fabuleuses. Je pense que c’est comme ça dans chaque nouveau pays. J’ai tellement hâte de découvrir ce qui s’y brasse que je lui attribue d’avance un sceau de qualité. Je voudrais que tout soit super bon au point de confondre cette envie avec la réalité. C’est bien rigolo tout cela ! Enfin, il y a au bout du compte d’excellentes bières. La route qui mène à leur découverte est juste un peu plus longue que dans mes rêves. Par bonheur la bière n’est pas très onéreuse en Allemagne. Ça permet de faire des économies au niveau de la recherche…

En terminant, je vous fais part d’une bière découverte lors de ces fameuses recherches. Prêchant pour ma paroisse, il s’agit d’une bière brassée dans ma ville d’adoption. De la brasserie Reichenbrander à Chemnitz en Saxe, la Kellerbier a su me séduire au fil des gorgées. Vertueuse en fût, elle cache ses atouts derrière les parois d’une chope en grès. Cependant, dans l’intimité de mon appartement, elle me laisse voir les charmes de sa blondeur allemande tout en conservant un léger voile comme dernier rempart de sa timidité. En m’approchant d’elle, de capiteuses odeurs d’herbe et de pain envahissent mes narines. Je suis déjà sous le charme mais ce n’est que lorsque nos deux corps entrent en contact que l’union est totale : des céréales fraîches et une fine amertume houblonnée soutenues par un corps moyen, un superbe équilibre sucré-amer tout en subtilité qui se prolonge longtemps. Rafraichissante, rassasiante et enivrante même à 4,8 % d’alcool. Une excellente bière qui convient à n’importe quelle situation.

Prost !