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Bonne pour la santé, la bière?
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- Publié le Vendredi, 01 juillet 2011 12:16
La bière : une boisson bonne pour la santé ?
par Louis-Philippe Boivert
L’histoire de ce premier article a commencé par l’achat (et la lecture) d’un livre usagé : de l’épi au demi de Jean-Marie Bourre (2000), docteur en nutrition. Ce livre discute des propriétés nutritionnelles de la bière et de certains de ses bienfaits sur la santé. J’étais vraiment content de ma trouvaille, d’autant plus que j’avais lu des articles de cet auteur dans la cadre de ma maîtrise en psychoéducation portant sur les alternatives nutritionnelles au traitement du déficit de l’attention chez les jeunes. À ma plus grande joie, ce livre me permettait d’unir deux de mes grands intérêts : la bière et la nutrition. À ce moment, m’abreuvant d’une bonne chope de prétention, je me suis dis : quel sujet original et novateur pour un premier article web ! Après quelques recherches, j’ai vite constaté qu’il existe passablement d’écrits sur la question. C’est le moment où la prétention laisse place à l’humilité inhérente à la quête du savoir : plus on lit, plus on s’aperçoit qu’on ne connait pas grand-chose et que même sur un sujet que l’on croit circonscrit, le savoir à acquérir demeure presqu’infini… Sur cette réflexion socratienne, je vous transmets donc, en toute humilité, le fruit de mes lectures concernant les bienfaits de la bière sur la santé.
Introduction
D’entrée de jeu, je vous confirme qu’il existe plusieurs recherches scientifiques qui démontrent les bienfaits d’une consommation modérée de bière sur différents aspects de la santé. Il est toutefois important de rappeler que le risque de dépendance à la bière est bien réel et que la consommation excessive ou chronique de bière a des effets néfastes tant au niveau de la santé physique ou psychologique que sur les relations interpersonnelles. Ainsi, les bienfaits d’une consommation modérée de bière rapportés dans cet article ne doivent en aucun temps être utilisés pour inciter à consommer de la bière.
Qu’est-ce qu’une consommation modérée ?
Il semble y avoir un consensus à l’effet que 30 à 40 mg d’alcool pur par jour engendre des bienfaits sur la santé. Une bière contient entre 40 mg et 70 mg d’alcool par litre. Une consommation modérée serait donc l’équivalent de 1 litre de bière standard à 5% d’alcool. Au-delà de cette quantité, les effets néfastes de l’alcool deviennent exponentiels. Certains auteurs, comme Isabelle Huot, docteur en nutrition souvent présente dans les médias, suggère qu’une consommation modérée serait équivalente à une bière par jour pour les femmes et deux (yé!) par jour pour les hommes. Bref, il semble qu’on puisse faire une moyenne et qu‘une pinte (500 ml) par jour c’est très bien ! Notons toutefois que les effets ne sont pas présents chez les consommateurs de fin de semaine. En effet, ce n’est pas le nombre moyen de bières consommées par semaine qui compte, mais bien la régularité et la modération de la consommation. Ainsi, les deux consommations par jour discutées ci-dessus ne doivent pas se transformer en 10 consommations le samedi soir !
Bref aperçu historique : la bière et l’évolution de la médecine
Fosapi (2004), résume en ces termes l’histoire de la bière en lien avec la médecine : « Reconnue dès l'Antiquité pour son intérêt nutritionnel, boisson des Dieux et de la vie, elle est devenue le pain liquide du XVIIIe siècle. Boisson aux vertus médicinales et thérapeutiques, reconnue par la tradition, elle a failli sombrer dans l'alcoolisme, lorsqu'elle est devenue « le breuvage du diable » des militants de tempérance au temps de la prohibition américaine ». En somme, à différentes époques et dans différentes contrées, la bière a été utilisée ou prescrite afin de soulager divers maux. Par exemple, la bière constituait une boisson de choix qui était régie rigoureusement par le pharaon. La bière était médicalement prescrite afin de contrer les maladies de l’appareil digestif et… soigner les piqûres de scorpion ! Dans la Grèce antique, Hippocrate (le père de la médecine) a réalisé un traité sur les vertus de la bière. Déjà il mentionnait que la bière facilite la diurèse et ainsi elle aidait à faire tomber la fièvre. De leur côté, les vikings ont combattu certaines maladies telles que la Pellagre, provenant entre autre d’une carence de vitamine B3 (aussi appelé PP) et en tryptophane, un acide aminé précurseur de cette vitamine, en consommant de la bière. Cette découverte a aussi permis de comprendre pourquoi seules les femmes de certaines régions ne consommant pas de bière en étaient atteintes. Cette maladie affecte d’ailleurs encore certains pays du tiers monde. Dernier exemple, à l’époque où plusieurs épidémies étaient transmises par l’eau, les instances dirigeantes recommandaient de boire de la bière car elle était considérée comme moins porteuse de maladie. Il a été compris par la suite que le processus d’ébullition de l’eau lors du brassage et la présence d’alcool éliminait plusieurs bactéries et virus en plus de l’ajout du houblon qui a des vertus antiseptiques.
En somme, bien avant l’ère de l’industrialisation, l’humain avait découvert les vertus médicales des éléments de la nature. Le développement fulgurant de la pharmacologie a majoritairement relégué l’utilisation des produits dits naturels aux oubliettes. De nos jours, nous constatons toutefois une volonté des gens à se réapproprier leur santé ainsi qu’à redécouvrir ce que peut leur apporter la nature et le terroir. L’intérêt des recherches sur l’apport bénéfique de la bière sur la santé va donc de pair avec l’ensemble des autres études sur l’efficacité des produits de santé naturels, le développement de l’agriculture biologique ou encore le développement de produits d’alimentation le moins dénaturés possibles avec des ingrédients complets et non-transformés. Il n’est donc pas surprenant que le développement exponentiel du milieu microbrassicole québécois se soit effectué en parallèle au développement des recherches sur les bienfaits de la bière sur la santé.
Composition et propriétés de la bière : les données actuelles et les effets sur la santé
La majorité de la bière est composée à partir de quatre ingrédients : l’eau, le malt d’orge, la levure et le houblon. Lors de la fabrication, la levure transforme le malt en alcool et en gaz carbonique. Chacun de ces ingrédients contient des éléments qui ont une action biochimique sur notre corps et, incidemment, sur notre santé. Voyons de plus près la composition de chacun de ces éléments.
L’eau, source de minéraux. Une bière titrée à 5 % d’alcool par volume est fabriquée à partir de 94,5 % d’eau. L’eau utilisée pour brasser la bière a généralement des propriétés bactériologiques et physico-chimiques de grande qualité. Selon la provenance de l’eau, les apports en sels minéraux varient. Les brasseurs choisissent aussi parfois d’ajouter des sels minéraux afin d’influencer la dureté de l’eau ou encore la capacité de l’eau à conserver les résines de houblon (ex. ajouter du gypse ou Burtonisation). Une bière contiendrait environ 1220 mg de sels minéraux par litre, majoritairement du magnésium (environ 30% de l’apport quotidien recommandé, AQR), suivi par du phosphore et du potassium et en moindre quantité du calcium (excepté pour les « milk stout » qui ajoute du lactose, donc du calcium!). Les minéraux présents dans la bière interviennent directement dans les mécanismes complexes qui assurent, entre autre, la vigilance et l’attention chez l’humain. Il est aussi intéressant de noter que la bière contient des quantités négligeables de sodium, consommé en trop grande quantité de nos jours, et que son effet diurétique permet justement d’éliminer une partie du sodium excédentaire présent dans notre corps via les reins. En somme, comme le résume Bourre (2000), « Boire, au moins un litre et demi d’eau pour un adulte constitue un acte alimentaire vital. Une fraction peut être agréablement représentée par de la bière. »
Le malt, source de protéines et d’acides aminés. Les céréales sont présentes dans la bière généralement sous forme d’orge malté, mais aussi de blé (dans les blanche belges et les weizen allemandes) ou encore d’autres formes moins fréquemment utilisées comme le sarrasin, le millet ou le sorgho. Il y a environ 3 à 5 grammes de protéines végétales dans la bière, provenant en majorité des céréales, mais aussi, dans une moindre mesure, de la levure. Il est intéressant de noter que presque tous les acides aminés provenant des protéines sont représentés dans la bière. Bien que la bière ne sera jamais l’aliment de premier choix pour combler ses besoins en protéines (rien ne vaut un gros steak!), elle permet toutefois de combler une partie des 15 grammes de protéines qu’il est généralement recommandé de consommer à chaque repas.
La levure, source de vitamines. Provenant de la levure, la bière renferme une quantité importante de vitamines, particulièrement celles du complexe B comme la vitamine B1, B2, B3, B5, B6, B9 et B12. Un litre de bière contient entre 7 et 62 % de l’AQR de chacune de ses vitamines. Toutes ces vitamines ont des fonctions essentielles sur la santé telles que mobiliser l’énergie provenant de l’alimentation, faciliter la digestion ou contribuer à l’oxygénation des organes. Certaines de ces vitamines, comme la B12 se retrouve dans très peu d’aliment. Or, cette vitamine antianémique (car elle facilite l’assimilation du fer) est présente en grande quantité dans la bière.
Le houblon, source d’une variété d’éléments influençant la santé. Intégré à la bière par sainte Hildegarde, le houblon fût d’abord utilisé pour ses vertus antiseptiques permettant de conserver la bière plus longtemps. Son usage s’est rapidement répandu et est devenu un ingrédient incontournable dans la conception de la bière. Les soldats anglais en ont même ajouté de grandes quantités dans leur tonneaux de Pale Ale afin qu’elle se conserve mieux lors de leurs périples en bateau jusqu’en Inde. De retour au bercail, ces mêmes soldats ont alors demandé aux brasseurs de leur pays de recréer ce type de Pale Ale fortement houblonnée qu’on baptisera par la suite India Pale Ale.
Aujourd’hui on reconnait aussi plusieurs autres propriétés au houblon. Il a des vertus apéritives et digestives qui permettent de susciter la faim chez des gens convalescents. Le houblon est aussi considéré comme apaisant, par une action légèrement sédative. Le houblon contient plusieurs éléments actifs dont les polyphénols. Certains des polyphénols présents dans le houblon sont des phyto-oestrogènes qui, comme ceux présents dans le soya, imitent l’hormone naturelle féminine. De plus, les polyphénols du houblon sont aussi reconnus pour leur pouvoir antioxydant. Grâce au houblon, la bière aurait davantage d’antioxydant que le vin blanc, mais toutefois moins que le vin rouge. Dans plusieurs pays, la consommation de bière contribuerait significativement à l’apport quotidien recommandé en antioxydant. Enfin, les polyphénols ont aussi une action anti-inflammatoire. Notons que les effets de la santé du houblon peuvent varier considérablement en fonction de la variété utilisée et des procédés de brassage.
Le sucre. La bière tend à être perçue comme l’ennemi de ceux qui font un régime amaigrissant. Toutefois, une bière standard contient entre 3 et 5 g de sucre par 100 ml, ce qui est inférieur à 10o ml de jus d’orange (10-20 g de sucre) et comparable à 100 ml de lait (4,5 g de sucre). Une bière 351 ml contient entre 10 et 17 g de sucre, ce qui représente seulement 25 % de la quantité de sucre qui est généralement recommandé de consommer à chaque repas, soit 45g.
L’alcool. Dans un litre de bière standard à 5% d’alcool, on retrouve de 40 à 70 mg d’alcool par litre. Comme il est discuté plus loin, l’alcool consommé en quantité modéré a des effets bénéfiques sur la santé.
Quels sont les principaux effets reconnus d’une consommation modérée de bière sur la santé?
Il ressort des études sur les effets de la bière sur la santé que les personnes qui ont une consommation modérée et régulière de bière ont une espérance de vie supérieure à celles qui sont abstinentes ! Mais attention, au-delà d’une consommation modérée, les effets néfastes sur la santé augmentent très rapidement. Cette augmentation de l’espérance de vie est entre autre expliquée par l’effet positif d’une consommation modérée de bière sur les maladies suivantes.
Les maladies cardiovasculaires
Les effets positifs d’une consommation modérée de bière sur les maladies cardiovasculaires ne sont majoritairement pas reliés à la bière elle-même, mais bien à l’alcool qu’elle contient. Ainsi, à proportion d’alcool égale, on retrouve les mêmes effets protecteurs chez les consommateurs de vin. Les effets positifs seraient expliqués par les principaux processus suivants. Tout d’abord, l’alcool engendre une augmentation du bon cholestérol (HDL) ainsi qu’une diminution du mauvais cholestérol (LDL). Le HDL agit comme le ramoneur de nos artères et les nettoient. Le HDL n’agit pas seulement sur les artères coronariennes, mais aussi sur l’ensemble des vaisseaux sanguins. Ensuite, l’alcool agit sur la coagulation sanguine en réduisant les risques de caillot sanguin qui peuvent engendrer des crises cardiaque et des thromboses. Enfin, outre l’alcool, la présence des vitamines du complexes B (notamment les vitamines B6, B9 et B12) dans la levure de bière permet de diminuer le niveau d’homocystéine qui est souvent trop élevé chez les personnes souffrant de problèmes coronariens.
Les cancers
Les phyto-oestrogènes présents dans le houblon auraient un effet protecteur contre certains types de cancer reliés aux hormones tels que le cancer du sein et de la prostate. Les quantités retrouvées dans le houblon de la bière s’avèrent toutefois assez faibles et varient selon le type de houblon utilisé. La bière contient aussi des quantités appréciables d’antioxydants provenant soit des polyphénols présents dans le houblon et l’orge soit de l’ensemble des vitamines du complexe B présents dans la levure. Les antioxydants sont reconnus pour leur rôle important dans la lutte contre plusieurs cancers. Notons toutefois qu’une consommation excessive de bière augmente drastiquement le risque de cancer des poumons, du foie, de l’estomac, de la bouche et de l’œsophage.
La bédaine de bière, est-ce un mythe ?
Il a longtemps été considéré que la bière est un aliment riche en calorie et donc qu’elle faisait grossir. Pourtant, on sait maintenant qu’une bière standard de 351 ml contient environ 150 calories ce qui est comparable à la quantité de calories contenue dans une même portion de jus de fruit non sucré. Cette quantité est équivalente à la moitié d’une boisson gazeuse. Certaines études ont montré que les personnes qui consomment une quantité modérée de bière sont proportionnellement moins obèses que les abstinents. Toutefois, les gros buveurs de bières ont souvent une alimentation plus riche en matière grasse (hummm, des nachos !), ce qui augmenterait le risque de développer un problème de poids. En somme, ce n’est pas la bière qui rempli la bédaine, mais tout ce qu’on mange avec !
On se laisse sur cette dernière gorgée!
Après m’être abreuvé de plusieurs chopes de d’informations sur la bière et la santé, je n’ai toujours pas réussi à étancher ma soif. Ça m’aura au moins permis de convaincre ma blonde des bienfaits de ma consommation régulière (et modérée!) de bière! Certains fins observateurs auront aussi constaté que j’ai négligé d’aborder les côtés plus néfastes de la consommation de bière…. Eh bien…il est vrai que je prêche un peu pour ma paroisse … la paroisse du divin Saint-Arnould!
Références
Borys, J-M., et al. (2004). Les effets sur la santé d'une consommation modérée de bière. Cahier de nutrition et de diététique. vol. 39, HS1 (57 p.). Masson, France
Bourre, J-M. (2000). De l’épi au demi. La bière. Aliment, santé, plaisir. Édition Flammarion.
Fosapi, P., (2004). Histoire médicale de la bière. Cahier de nutrition et de diététique. vol. 39, HS1 (57 p.). Masson, France.
Preedy, V.R., et al. (2008). Beer in health and disease prevention. 1112 pages. Édition Victor R. Preedy
Schlienger, J-L. (2003). Homocystéine et consommation d'alcool : Une relation ambiguë et un nouveau paradoxe. La presse médicale. vol. 32, no6, pp. 262-267, Masson, France.
www.biereetsante.be, site financé par la Fédération professionnelle des brasseurs belges (consulté en mai 2011)
www.conseilsnutrition.tv/f-331_sante-biere, par Isabelle Huot, docteure en nutrition (consulté en mai 2011)
hwww.vioo.fr/Minceur/Regimes/zoom-nutrition/Zoom-nutrition-Biere/Valeur-nutritionnelle-et-dietetique (consulté en mai 2011).