Articles

La bière n'est pas un spiritueux !

Lettre ouverte auxHonorables membres du comité permanent des finances du Canada et Honorables membres du comité des finances nationales du Sénat

Le 21 mai 2008

La bière n’est pas un spiritueux!

À qui de droit,

Il y a quelque temps, l’honorable Jim Flaherty, ministre fédéral des Finances a déposé le projet de loi C-50 qui prévoit des nouvelles mesures relatives au droit d’accise sur les spiritueux d’imitation. Une de ces mesures prévoit que le degré d’alcool dans les produits de spiritueux d’imitation ne doit pas dépasser 11,9 % pour que ces produits puissent être assujettis au taux de droit d’accise applicable à la bière ou la liqueur de malt.

On propose la nouvelle définition suivante de « bière ou liqueur de malt »: toute liqueur qui est faite, en totalité ou en partie, par la fermentation ou le brassage de malt, de grains ou d’une autre substance saccharine sans aucun procédé de distillation et dont le titre allométrique n’excède pas 11,9 % d’alcool éthylique absolu par volume, à l’exclusion du vin au sens de l’article 2 de la Loi de 2001sur l’accise. Par suite de cette modification, les producteurs de bière ou liqueur de malt à haut degré d’alcool (c.-à-d. les spiritueux d’imitation dont le degré d’alcool dépasse 11,9 %) devront obtenir une licence de spiritueux et se conformer aux exigences liées à cette licence

Comment un gouvernement, dans un pays à la fine pointe de la science, peut-il instituer une loi qui va à l’encontre des principes scientifiques universellement démontrés? La fermentation alcoolique naturelle, sans distillation, peut produire jusqu’à 21 % alc./vol., en employant des souches de levures particulières. Ces levures peuvent être utilisées dans la fabrication de la bière, du vin ou de l’hydromel. Quelle est l’intention du gouvernement de viser spécifiquement la bière?

La bière offre une grande variété de styles dont le degré d’alcool peut varier de 3 % alc./vol. jusqu’à 21 % alc./vol. Il existe en Europe, certaines bières grands crus titrant plus de 11,9 % alc/vol. Mentionnons la Bush ambré (Belgique) 12 % alc./vol. et sa sœur Bush de Noël : 12 % alc./vol., la Thomas Hardy (Angleterre), dont le % varie avec les années plus ou moins 12 % alc./vol., la Samichlaus (Autriche) qui titre 14 % alc./vol., la Belzébuth (France) avec 15 % alc./vol., et la Mikkeller Black (Dannemark), la plus forte d’Europe avec ses 17,5 % alc/vol. Au Canada, de petites brasseries ont réussi à fabriquer de grands crus à force de persévérance. Nous citons Bièropholie S (12,5% alc./vol., Québec), Bushwakker Centennial Wheat Wine (13%, Saskatchewan), Phillips Grand Barley Wine (12%, Colombie-Britannique), Fat Cat Old Bad Cat Barley Wine (12%, Colombie-Britannique), et nous en passons. Il est vrai qu’il existe peu de marques titrant plus de 11,9 % alc./vol. À l’instar des grands vins, ces produits haut de gamme sont rares et brassés en petite quantité. Ces recettes constituent habituellement des grands crus recherchés par les amateurs. Ces bières sont le fruit d’un long travail artisanal laborieux. Elles ne compétitionnent ni directement, ni indirectement avec les spiritueux. Elles jouissent d’un grand prestige et contribuent au développement de boire de façon responsable! Les consommateurs boivent moins, ils boivent mieux! Il importe de souligner que ces produits jouissent d’une réputation enviable au niveau mondial parmi les amateurs de bières de dégustation.

De plus, il est important de préciser que ces nouvelles bières haut de gamme, habituellement disponibles sur place, contribuent à l’essor touristique. Plusieurs amateurs n’hésitent pas à se rendre à Baie-Saint-Paul, Saguenay, St-Jérôme, etc. afin de découvrir ces produits. Ces bières représentent un pourcentage infime du marché de la bière. Il est toutefois prestigieux et important, de la même façon que les grands crus le sont pour le monde du vin.