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Bière de qualité certifiée
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- Publié le Mardi, 06 Janvier 2009 22:05
- Écrit par Annie Dumoulin - Collaboratrice
Depuis quelques mois, un nouveau concept est dans l'air dans le monde de la bière : le contrôle de qualité. Et si la question se pose pour les microbrasseries, elle se pose d'autant plus pour les brasseries artisanales.
Le phénomène est bien connu dans le milieu du vin. Que ce soit les vins d'appellation d'origine contrôlée (A.O.C.), les vins de consommation courante (V.C.C.) ou les vins de qualité produits dans des régions déterminées (V.Q.P.D.R.D.), de multiples classifications de qualité ou d'origine existent dans le milieu vinicole. Dans les brasseries québécoises, outre les qualificatifs liés à la bière elle-même, tels que vieillie en fût de chêne ou bière sur lie, aucune appellation d'origine ou de qualité existe pour les produits embouteillés.
Le débat a émergé suite aux revendications de l'Association des Brasseurs artisans du Québec (ABAQ) portant sur le fait qu'elle désire que leurs bières puissent être embouteillées pour être emportées hors des lieux de fabrication, soit directement par le client ou via un détaillant. L'Association des microbrasseries du Québec (AMBQ), via sa présente Madame Laura Urtnowski, a fait connaître son point de vue selon lequel il devrait exister des normes de qualité pour les bières fabriquées au Québec, autant du côté des microbrasseries que des brasseries artisanales.
Les microbrasseries, qui détiennent un permis industriel et qui commercialisent leurs produits en bouteilles dans les bars (également en fût) et chez les détaillants, disposent parfois d'un laboratoire à même leur salle de brassage afin d'effectuer l'analyse de leurs produits. C'est probablement là où réside le point de vue de Mme Urtnowski, présidente également des Brasseurs du Nord qui procèdent à l'analyse en laboratoire de leurs produits.
Le hic, c'est que certaines microbrasseries (surtout parmi les plus petites) ne font, ou ne font faire, aucune analyse de leurs produits. Les amateurs auront sûrement quelques noms en tête en lisant cela. Certains commercialisent des produits infects ou qui ont tendance à se détériorer rapidement, sans indiquer de date de brassage ou de péremption. Le consommateur se retrouve donc trop souvent à acheter des produits de mauvaise qualité. En plus de nuire à la brasserie elle-même, cela nuit à l'industrie tout entière.
Du côté des brasseries artisanales, certaines procèdent à l'analyse de leurs produits dans leur laboratoire maison ou via un laboratoire externe (ex. : les Laboratoires Maska à Saint-Hyacinthe). Mais comme les produits ne sont consommés que sur place et ont généralement un haut taux de roulement, ils n'ont souvent pas le temps de se détériorer (quoique certains endroits offrent à la base des produits de qualité moindre). Mais qu'arriverait-il si les bières artisanales se retrouvaient sur les tablettes, pour une durée de temps indéterminé et dans des conditions inhabituelles pour elles ? Là est la crainte de plusieurs consommateurs.
Alors, que faut-il faire ? Promouvoir la bonne bière de dégustation et espérer que les faussaires, les opportunistes et les bières de piètre qualité disparaissent d'elles-mêmes, ou imposer des normes de qualité pour tout simplement éviter leur apparition sur le marché ? La question et le débat sont lancés. Mais la question à se poser à la base de la qualité des bières n'est-elle pas : Pourquoi une brasserie commercialise une bière qu'elle sait impropre à la consommation? Où est le respect du consommateur? Où est le respect du produit ? Ces questions sont plus que légitimes. Car les bières qui sont victimes d'accident, tels qu'une propagation inattendue d'une bactérie non détectée à l'analyse, devraient tout simplement être retirées du marché comme c'est le cas dans le domaine alimentaire par exemple. Ce sont les cas volontaires, abusifs ou irrespectueux du produit et du client qui doivent retenir notre attention.
Plusieurs amateurs de bière, que ce soit via les sites de Bièropholie, de l'Institut de la bière ou autour d'une bière dans un pub, ont soulevé la possibilité de créer un organisme de certification pour le milieu brassicole. Une fois cette possibilité amenée, tout un débat d'idées sur la manière de gérer cet organisme et son fondement même a eu lieu. Que faut-il faire ? Inventer un sceau de qualité ? Géré par qui ? Dans quelle optique ? Certains ont soulevé l'idée d'un regroupement de consommateurs, d'autres ont abordé la possibilité que les associations existantes de petits brasseurs (ABAQ et AMBQ) forment un comité de certification, ou l'éventualité de créer un organisme carrément indépendant. Pour certains, ce sont les brasseurs qui doivent donner leur opinion sur les produits brassés, pour d'autres ce sont les consommateurs ou encore, des juges spécialement formés.
En général, tous s'entendent pour dire que le gouvernement doit être exclu de cet organisme de certification. Selon les amateurs, l'État est souvent loin de la situation et ne parvient pas à suivre l'évolution rapide du milieu brassicole. C'est d’ailleurs le cas de la Régie des Alcools, des Courses et des Jeux (RACJ) et de la Société des Alcools du Québec (SAQ).
Comment pourrait fonctionner ce genre d'organisme et surtout, comment serait-il financé ? Certains mentionnent une possible cotisation annuelle volontaire des brasseries, proportionnellement à leur chiffre d'affaires, et sont convaincus qu'il y aurait une majorité d'adhérents si l'on convainc les consommateurs de rechercher le sceau de qualité certifiée. Le juge pourrait se présenter dans les brasseries pour effectuer une visite des lieux et une analyse des produits, de manière inattendue comme c'est le cas pour les inspections alimentaires. Un organisme de certification de la qualité pourrait entraîner une hausse des coûts des produits, étant donné l'augmentation des coûts de production des brasseries. Mais là, les consommateurs ne sont pas d'accord, car pour eux, la qualité des produits devraient être une préoccupation de base pour les brasseries, et non pas une situation forcée. Et ils ont bien raison.
Au départ, ce qui est important, c'est l'implication de la direction des brasseries dans le système de gestion de la qualité. Les brasseurs doivent se soucier de la qualité. Ils doivent penser au consommateur et ne pas commercialiser des produits présentant un défaut grave. Autant les analyses en laboratoire que les commentaires des clients doivent compter pour les brasseries. Si toutes les brasseries se préoccupaient de leurs produits et de leurs clients, la question de l'existence même d'un organisme de certification n'aurait pas sa place.
Également, les consommateurs doivent apprendre ce qu'est une bonne bière au goûter et ce qu'est une bière de qualité. Parfois, goût et qualité n'ont aucun rapport. Une Molson Ex par exemple est de grande qualité quant aux possibilités d'infection, mais son goût laisse les amateurs froids. De l'autre côté, la présence de bactéries dans une bière n'est pas nécessairement signe de mauvaise qualité. Si tel était le cas, les gueuzes n'existeraient tout simplement plus. Mais ce qui doit disparaître, ce sont les dites gueuzes qui n'en sont aucunement, les bières à explosion instantanée lors de l'ouverture de la bouteille, et celles au goût évident de contagion bactérienne.
Le milieu brassicole évolue à une telle rapidité que nous devons y voir. Certains, devant la réussite des brasseries artisanales et des microbrasseries et le goût des consommateurs pour leurs produits, se disent brasseurs et ouvrent une brasserie alors qu'ils n'en ont pas l'étoffe. Si la question d'un organisme de certification de qualité a été soulevée, c'est que des abus ont été faits de la part de certaines brasseries et que les consommateurs veulent des bières dignes de ce nom. Le brasseur Pascal Desbiens affirme que « si on est capable de convaincre les amateurs de bière de rechercher le sceau en question lorsqu'ils magasinent une bière car signe de qualité, il y aura moins de produits infects sur le marché ». Comme dit la Cask Marque, une qualification pour les real ales de l'Angleterre, « don't let your customers be the quality control ».
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Article originellement publié dans Le Sous-Verre, Vol. 1 no 6