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Une offensive provinciale contre les microbrasseries

Le gouvernement du Québec vient de déposer un projet de règlement (L.R.Q. c. S-13) qui menace le développement de l’industrie microbrassicole au Québec. Ce projet fait suite à l’adoption de la loi fédérale modifiant la taxation pour les bières renfermant plus de 12 % alc./vol. Le document affirme la raison : «pour s’harmoniser avec les récentes modifications en matière de taxation fédérale».

Rappelons que cette loi était spécificiquement destinée aux alcoomalts, c’est-à-dire des boissons titrant plus de 12 % alc./vol (plus souvent autour de 20 %), ne comportant aucune saveur de malt, et fortement aromatisées avec du sucre et des essences de fruits. Des produits souvent présentés comme des spiritueux. Une grande confusion régnait alors chez le consommateur et, il faut bien le souligner, les grands distillateurs et la SAQ perdaient des revenus considérables. Suite au puissant lobby des distillateurs, on a fait le ménage dans cette catégorie de produits. Grand bien leur fasse. Mais le gouvernement en profite pour s’immiscer également dans la zone des bières titrant moins de 12 %, sans justification.

 

Les mandarins du gouvernement ont créé une catégorie de boissons dites, des «mélanges à la bière» pour toutes les bières comportant des substances aromatiques. On précise qu’il s’agit des herbes, épices, fruits, plantes ou autres substances végétales aromatiques, leur extrait ou leur essence, ainsi que le miel et le sirop d’érable. L’article 2 ajoute que les ingrédients utilisés dans la fabrication d’un mélange à la bière doivent être non alcoolisés et être ajoutés à la bière après sa fermentation. Soulignons qu’aucun représentant de l’industrie microbrassicole ou expert brassicole n’a été consulté avant la rédaction de ce règlement ! S’il avait consulté un expert, le gouvernement aurait constaté que ces définitions englobent plusieurs bières haut de gamme ! L’un des plus grands styles au monde est de type Lambic aux fruits. Les fruits sont ajoutés après la fermentation. Les traditions séculaires du brassage du lambic viennent d’être redéfinies par des fonctionnaires québécois. Ce ne sont plus des bières, mais des «mélanges à la bière». C’est d’un ridicule à faire pleurer.

 

L’industrie de la microbrasserie, génératrice de plusieurs emplois et de revitalisation régionale développe justement ces sentiers haut de gamme. Les brasseurs emploient des épices, des herbes, et plusieurs aromates locaux, etc. Ils peuvent être ajoutés à différentes étapes de fabrication, même après la fermentation, sans dénaturer le produit. On voudrait décourager nos jeunes brasseurs d’être imaginatif et on ne ferait pas mieux.

 

SAQ en conflit d’intérêts

Le gouvernement donne le mandat de gérer son application la société des alcools ! L’article 11 indique que ces produits ne pourront pas « être commercialisés au Québec sans avoir fait l’objet d’une attestation de conformité à ce règlement, délivrée par la Société des alcools du Québec. (…) Le titulaire devra fournir à la Société, au moins trois mois avant la date prévue pour la commercialisation de la boisson alcoolique concernée, un échantillon de cette dernière, sa composition, son mode de fabrication ainsi que l’étiquette, le contenant et, le cas échant, son emballage». Trois mois de tracasseries administratives pour vendre des grands crus bières régionnales. On veut vraiment décourager nos jeunes brasseurs. Soulignons que ces bières de très grande qualité font une compétition directe aux vins! On en boit de plus en plus aux repas. Les dégustations bières et fromages connaissent une popularité en forte croissance. La S.A.Q., qui vend surtout des produits importés, est en conflit d’intérêts dans l’application de ce règlement.

 

J’ai visité plusieurs centaines de brasseries partout en Europe et en Amérique du Nord. Ce développement des grand styles de bières est une tendance mondiale. Mondiale? Plus maintenant au Québec, qui veut maintenant contrôler l’imagination de nos jeunes brasseurs. Des fonctionnaires en quête de contrôle ont décidé que les brasseurs québécois ne feraient pas partie de cette tendance internationnale. La SAQ fait l’ire des brasseurs internationaux avec ses procédures actuelles en ce qui concerne la bière. Les nouvelles mesures ajouteront un peu au ridicule. C’est difficile de comprendre pourquoi le gouvernent québécois veut nuire au développement des petites brasseries en plein essor dans les régions. Le moment est bien mal choisi : en pleine crise économique. Quel pauvre exemple de politique de développement régional!