L'encyclopédie de la bière
Boire et déboire dans les Cantons-de-l'Est
- Détails
- Publié le Samedi, 01 Novembre 1997 00:00
- Écrit par Daniel Coulombe - Chroniqueur
L’exposition «Boire et Déboires»(1) ou Histoire de l'alcool dans les Cantons-de-l’Est, se tient du mois de juin 1996 jusqu’à la fin novembre 1997. L'exposition, organisée par la Société d'histoire de Sherbrooke, qui traite en bonne partie de bière et de whisky, nous présente l’alcool dans sa fonction alimentaire réduite, mais aussi aux multitudes rôles qu'il joue dans la société. Également, en raison de sa situation géo-sociologique, l’Estrie a été confronté à deux cultures très différentes (les anglophones et les francophones), d'où la singularité du débat sur les mouvements de tempérance et de la prohibition.
Il s’agit d'une exposition thématique, diversifié et riche en décors. Dès le départ, le visiteur est littéralement plongé dans le vif du sujet: «Pourquoi buvons-nous?». En plus d'exemples historiques, les gens sont sensibilisés à la présence subtile et quotidienne de l'alcool dans leur vie. On boit donc pour se détendre, s’amuser, festoyer; on boit pour se donner du courage, oublier et s'évader. On boit parce qu'on ne peut plus s’arrêter.
«C'est à boire qu'il nous faut!», le premier thème, montre que convivialité et alcool vont de pair depuis longtemps au Québec. Pour nos ancêtres, le besoin de se réunir, de s'amuser et d'échapper de temps à autre aux contraintes du quotidien était essentiel et s'accompagnait d'un p'tit verre. La griserie provoquée par l'alcool facilite les rapports sociaux et c'est tout naturellement que nous l'associons aux rites de l'hospitalité et aux nombreuses réjouissances.
Le second thème, "Boire comme un homme", cherche à montrer que notre attitude vis-à-vis de l'alcool est une question de culture. Aujourd'hui, le droit d'acheter de l'alcool marque le passage à l'âge adulte. La première cuite est donc en quelque sorte, un rite initiatique chez les adolescents. Ce rite est lié aux attributs de virilité accordés à l'alcool: "savoir boire comme un homme" est un signe de force. Les femmes, quant à elles, ont longtemps été perçues comme trop délicates pour boire autre chose que des vins doux ou des liqueurs sucrées, et en petite quantité seulement (cela a-t-il vraiment changé?).
Avec le troisième thème, « À votre santé », l'alcool est présenté dans ses fonctions médicinales et alimentaires à différentes époques. L'alcool fortifie et contribue à la guérison de presque toutes les maladies. Pour la santé, il est considéré comme un aliment, meilleur que l'eau. Ce n'est que tard, au XIXe siècle, que le monde médical remet en question les vertus curatives de l'alcool. Parmi les nombreux remèdes traditionnels du Québec, mentionnons la «p’tite ponce de gin» (pour soigner la grippe) et le verre de porter qu'on prend pour se fortifier, la gorgée de caribou pour se réchauffer de l'hiver. Une dizaine de produits sont exposés à titre d'exemple et proviennent des collections privés d'Eddy Echenbert et de Gérald Bouchard. Finalement, «Divine ivresse», quatrième thème, développe l'aspect magico-religieux de l'alcool en s'appuyant sur les sociétés dites traditionnelles. L'ivresse devient une expérience mystique dans le cadre de certaines cérémonies religieuses.
Au Québec, dans sa courte histoire, lorsqu'il y a abus, l'ivresse comprend l'idée de vice. Au XIXe siècle, on commence à identifier des facteurs de dépendance alcoolique. L'ivresse devient une maladie et au tournant du XIXe siècle, on lutte contre l'alcoolisme en faisant la promotion des boissons hygiéniques: vin, bière et cidre. Seules les boissons distillées comme les spiritueux engendraient l'alcoolisme. Le trajet se poursuit et les visiteurs sont amenés à découvrir l'histoire des brasseries en Estrie, de la première, la Charleston Brewery (érigée vers 1820) jusqu'à la toute récente, la Golden Lion (1986), située à Lennoxville.
Puis, coup de masse historique, «Boire et déboires» traite à fond des mouvements de tempérance, de la prohibition, de la législation de l'alcool au Québec, de la fabrication artisanale de quelques bières (d'épinette, de maïs, de gingembre) et de quelques vins (de cerise, de pissenlit). Une place est aussi réservée aux vignobles de l'Estrie et leurs hydromels.
Notes
1. Recherche et conception: France Lefebvre, avec la collaboration de Nathalie Rodrigue et de Jean-Pierre Kesterman. Les coûts se sont élevés à plus de 50 000$.