L'encyclopédie de la bière

Unibroue et les fondamentalistes chrétiens

Le marketing entourant les bières La Maudite et La Fin du Monde s’inspire de nos traditions folkloriques et des thèmes chers aux fondamentalistes chrétiens: le satanisme et l’eschatologie. La brasserie Unibroue, qui a lancé ces deux bières, s’est d’ailleurs associé au chanteur Robert Charlebois, devenu co-actionnaire. En plus d’être un personnage fort «coloré», contestataire et profane, Charlebois est identifié étroitement à la culture québécoise et à la Révolution tranquille.

En fait, le marketing d’Unibroue est similaire à celui des fondamentalistes chrétiens (Témoins de Jéhovah, Baptistes, Pentecôtistes, Adventistes, Bérets blancs).

On utilise la crise culturelle et économique du Québec comme instrument de propagande. Si la situation actuelle est propice au recrutement de nouveaux membres et à la vente de dépliants religieux, elle l’est autant pour la commercialisation de la bière ou d’autres produits psychotropes.

Chez les fondamentalistes, le tournant d’une civilisation, une pauvreté accrue et la fin d’un millénaire sont trois facteurs qui relancent une flambée du satanisme et la croyance en la fin des temps. Il faut féliciter les gens d’Unibroue, dont le marketing a su marier religion et folklore.

Le nom de la bière La Fin du monde véhicule un double sens. Il fait référence à l’eschatologie que professent les fondamentalistes dans tous les médias, mais aussi à la croyance moyenâgeuse des anciens explorateurs : la découverte de l’Amérique, qu’ils pensaient être la fin du monde.

Quant à la bière La Maudite, son histoire est digne des conspirations sataniques modernes. L’hiver dernier, les rôtisseries St-Hubert ont reçu une lettre de mécontentement de la part d’un père de famille. La plainte concernait l’affichage publicitaire de cette bière dans leurs établissements.

L’homme reprochait au logo de La Maudite d’illustrer le diable et d’utiliser la vulgarité en employant le mot «maudite» qui se veut une expression diffamatoire pour désigner la femme au foyer. Depuis, la publicité de La Maudite s’est, comme par enchantement, volatilisée des rôtisseriesx

Craindre les représailles des fondamentalistes, c’est un des nombreux dangers qui guettent la démocratie en cette fin de siècle gravement perturbé. Car les leaders de ces mouvements chrétiens utilisent la Bible pour expliquer le chaos actuel et prouver l’existence du diable. La bière n’est alors essentiellement qu’un lieu où se cache le Malin. Le fondamentaliste pointe du doigt tous les aspects négatifs liés à la consommation de la bière : violence familiale, divorce, destruction du corps humain, etc.

En empruntant le thème de «chasse-galerie», Unibroue s’est, par le fait même, rattachée aux racines d’un peuple qui, de plus en plus, recherche l’indépendance.

Les jeunes générations connaissent bien les récits de Chasse-galerie puisque le folklore québécois est abordé au secondaire. La chasse-galerie relate le voyage de joyeux lurons allant retrouver leur amie de coeur au loin. La solitude vécue durant les longues périodes de réjouissances, les périodes d’isolement dans les chantiers ainsi que la mauvaise vie de ces hommes auraient inspiré l’idée de ce voyage magique. Vers la fin d’octobre, les hommes allaient donc bûcher dans les bois jusqu’au retour du printemps. Ce long séjour, qui durait presque six mois, était appelé «aller en hibernement». Ainsi, dans la solitude et la besogne ardue, les hommes, sous l’effet de la boisson, s’ennuyaient de leur blonde ou de la présence des femmes à un point tel qu’ils se laissaient tenter, sans grande difficulté, par un confrère possédé du démon pour participer à chasse-galerie.