L'encyclopédie de la bière
Le whisky, la bière et la prohibition à Coaticook
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- Publié le Mercredi, 01 Octobre 1997 00:00
- Écrit par Daniel Coulombe - Chroniqueur
Les polémiques entourant l’alcool ne datent pas d’hier. Dès les débuts du Régime français, il fait des ravages et soulève des débats endiablés en Nouvelle-France. Introduit par les Européens, l’alcool va déchirer les communautés amérindiennes. Des restrictions concernant sa vente aux Amérindiens seront émises éventuellement et, tout comme pour l’ivrognerie, les coupables seront sévèrement punis.
Au Québec, au XIXe siècle, des mouvements de tempérance contre l’alcool apparaissent et prolifèrent, en même temps qu’arrivent des États-Unis les premiers colons anglophones. Ces derniers s’installent en Estrie et apportent leurs coutumes et traditions, notamment la recette de fabrication du whisky blanc à partir de pommes de terre.
À cette époque, les distilleries connaissent une courte mais fructueuse carrière dans les Cantons-de-l’Est. En 1831, la région compte le tiers des distilleries du Bas-Canada. À Stanstead, ville frontalière, on en a déjà dénombré jusqu’à vingt-six.
Cependant, à la fin des années 1850, l’industrie de la distillerie est déjà à son déclin. La maladie qui décime les récoltes de pommes de terre, les mouvements de tempérance, ainsi que la production artisanale, sont autant de facteurs qui conduisent à la décroissance de cette industrie.
Coaticook, petite municipalité située près de la frontière canado-américaine, n’échappera pas aux malheurs des distilleries estriennes. Les deux seules entreprises du genre à voir le jour seront celle de Samuel Cleveland, construite en 1848 (sise au croisement des rues Saint-Paul et Child) et, à proximité, celle d’Edmond Davis, construite un peu avant 1851. Les entreprises coaticookoises resteront en opération le temps d’un lustre.
Aux côtés des deux distilleries industrielles, on peut présumer, jusqu’au XXe siècle, l’existence de dizaines de distilleries artisanales. À Coaticook, on utilisait le plus souvent le surplus des récoltes, chez certains artisans, à des fins de consommation personnelle, et chez d’autres à des fins lucratives, l’alcool étant vendu au marché local.
Le whisky blanc fut la boisson du peuple durant la seconde moitié du XIXe siècle. Son mode de fabrication était simple et bien connu, et la matière première peu coûteuse et accessible (des pommes de terre provenant en majorité de la région de Barford).
Au début des années 1900, les francophones deviennent majoritaires et le whisky fait place tranquillement au vin et à la bière, des consommations associées aux Canadiens d’origine française. Ce changement démographique donnera un sursis aux politiciens qui n’auront pas à s’interposer immédiatement dans le dilemme de la prohibition, le vin et la bière étant tolérés par l’Église catholique.
Toutefois, en 1918, plus d’un millier de localités se prévalent de la loi Scott et interdisent la vente d’alcool sur leur territoire. Subitement, le gouvernement provincial vote la prohibition, par une loi qui ne prendra effet qu’un an plus tard, soit le 1er mai 1919, et qui ne concerne que la vente de boisson alcoolisée, les bières à faible taux d’alcool (moins de 2,5 %) demeurant permises. Le délai ainsi créé permet aux opposants à la loi de former une coalition. Les brasseurs de la province lancent une campagne publicitaire vantant les vertus de la bière.
´ Le 10 avril 1919, le gouvernement québécois tient un vaste référendum sur la question de la vente de la bière et du vin. Les Canadiens français, majoritaires dans la province, votent en faveur de cette vente. C’est ainsi qu’en 1919, le Québec devient le seul endroit en Amérique du Nord à ne pas être au régime sec. Seules les boissons fortes sont prohibées.
À partir de ce moment-là, en Estrie comme dans bien des régions du Québec, de nombreuses distilleries artisanales voient le jour. La "bagosse" entre officiellement dans l’histoire de la contrebande québécoise. Les autorités sont alors confrontées à un nouveau phénomène. Le gouvernement du Québec adopte une solution marginale, le 1er mars 1921, en étatisant le commerce de l’alcool.
Aux États-Unis, la prohibition causera d’importants désordres sociaux jusqu’en 1933. Elle entraînera de nombreuses activités criminelles, notamment la contrebande d’alcool. L’un des plus célèbres bootleggers de l’époque, Alphonse Capone (1899-1947), surnommé "Al", laissera des traces à Coaticook par l’entremise de ses hommes. Pendant plusieurs années, ils viendront y transiger dans la région d’Hereford.
Des meurtres à Coaticook.
Les Cantons-de-l’Est en général, mais surtout les villes frontalières, vont vivre intensément la période de la prohibition : Coaticook, Stanhope, Stanstead, Hereford et East Hereford seront des centres de ravitaillement importants pour les contrebandiers.
La contrebande va donc jouer un rôle majeur dans l’économie de la région. Plusieurs individus feront fortune : les tenanciers d’hôtels profiteront du passage des buveurs américains venus se désaltérer, tandis que d’autres s’enrichiront directement dans le trafic des boissons alcoolisées.
Coaticook connaîtra aussi son lot de violence à la fin des années 1920, alors que les familles Saint-Pierre (d’Hereford) et Malloy (de Coaticook) tenteront de monopoliser la contrebande d’alcool près des frontières canado-américaines.
Un premier incident survient le 23 octobre 1928. Il se termine dans des circonstances nébuleuses. Un chef de police, un huissier de la Cour supérieure et un agent d’assurances sont retrouvés morts dans une voiture renversée dans la rivière Connecticut, entre Canaan et Beecher Falls (Vermont). La population croit à l’assassinat : les trois hommes avaient pour devoir de surveiller les douanes et le trafic d’alcool. Aux États-Unis, on classe l’affaire en concluant à une noyade accidentelle...
Dans la nuit du 13 novembre 1930, une fusillade éclate à Hereford, près du lac Wallace. Cette fois, il n’y a aucun doute quant au mobile. Deux trafiquants bien connus, Albert Saint-Pierre et René Malloy, cherchent à s’emparer du trafic d’alcool. Saint-Pierre tend un piège aux frères Malloy. Bilan : René est tué, tandis que son frère est sérieusement blessé. Quelques mois après, Saint-Pierre est reconnu coupable de meurtre et pendu à Sherbrooke.
´ C’est finalement la crise écono-mique des années 1930 qui sonne le glas de la prohibition. Boire ou ne pas boire est une question dérisoire quand on ignore si on pourra seulement manger. Le 5 décembre 1933, la prohibition est abolie. Cela n’arrêtera pas pour autant le marché illégal de l’alcool. Entre 1959 et 1968, en Estrie, les policiers effectueront une cinquantaine de saisies d’alambics. Aujourd’hui encore, le trafic d’alcool est pire que jamais. Diverses études de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) permettent de croire que les contrebandiers acheminent en moyenne deux conteneurs par semaine dans la seule région de Montréal (plus ou moins 32 000 contenants de 1,75 litres) et se partagent la rondelette somme hebdomadaire d’un million de dollars. Cela ne tient pas compte des laboratoires clandestins qui peuvent produire de 3 000 à 8 000 litres d’alcool par semaine.
Dans les anées 1920, les bootleggers transportaient l’alcool de l’actuelle Municipalité régionale de comté (MRC) de Coaticook vers les États-Unis. Aujourd’hui, les mouvements se sont plutôt inversés. À l’époque, si les contrebandiers d’envergure utilisaient les grands moyens, les petits bootleggers, quant à eux, n’étaient pas dépourvus d’imagination : tuyau enroulé autour de la taille (pouvant contenir de trois à six 40 onces) et camouflé sous les vêtements, trappes dans les vêtements, etc. Plus singulier encore, le truc de cet homme qui, à East Hereford, avait dompté ses chevaux à traverser seuls les frontières pour regagner leur écurie; sans oublier celui qui, dans les années 1950, dissimulait les bouteilles dans un corbillard.
En guise de conclusion
De toute évidence, la bière était le "parent pauvre" de la prohibition, l’alcool tenant le haut du pavé. Elle n’avait pourtant pas à rougir de honte!
À Coaticook, au tournant du XIXe siècle, les bières importées se taillent une part du marché, notamment la Milwaukeer Lager Beer (des États-Unis) et les produits Guinness (d’Irlande). S’ajouteront massivement, dans les années 1920, les grandes brasseries canadiennes : Molson, O’Keefe, Labatt, et surtout les produits Dow Ale et Dawes Black Horse : deux bières qui plairont énormément aux consommateurs.
Les grandes brasseries produisent leurs bières à l’extérieur et engagent des distributeurs. Longtemps à cette époque et dans toute la région des Cantons-de-l’Est, l’agent distributeur de Molson a été D. W. Stenson. À Coaticook même, c’est le commerce V. Paradis et fils, situé sur la rue Main ouest, qui servait d’agent pour les produits Labatt (le porter surtout).
Certes, si on peut parler d’une troisième brasserie d’importance dans la MRC de Coaticook, on mentionnera la Brasserie Frontenac. Fondée en 1911, elle brasse, entre autres, la Frontenac Blue Label Lager. Dans les années 1920-1930, cette bière obtiendra un certain succès, principalement en raison de sa popularité chez les Américains.
Pendant toutes ces années, seulement deux grandes brasseries installeront des publicités murales faisant la promotion de leurs produits. Vers 1923, un panneau (recto verso, environ 1m X 2m) vantait les mérites de la Black Horse. Il était sur la terre d’un dénommé Côté, à Coaticoook Nord. Aucun chemin ne passait alors à cet endroit, mais l’annonce pouvait être aperçue du train qui traversait la terre. La brasserie Dow donnait à Côté 50 $ par année, une somme importante pour l’époque.
L’autre réclame date de 1925 et appartient à la brasserie Molson. Celle-ci avait convenu avec Côté d’entretenir la peinture extérieure de la grange familiale, située tout près de la réclame Dow ! Il est encore possible aujourd’hui de voir le calque dépeinturé de l’annonce sur les murs de la grange chambranlante. La dernière couche de peinture date des années 1950! Pour l’anecdote, en raison de cette immense publicité, les trois dernières filles Côté portèrent longtemps le sobriquet des "trois petites Molson".
Histoire |
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Le whisky, la bière et la prohibition à Coaticook
Daniel Coulombe
Les polémiques entourant l’alcool ne datent pas d’hier. Dès les débuts du Régime français, il fait des ravages et soulève des débats endiablés en Nouvelle-France. Introduit par les Européens, l’alcool va déchirer les communautés amérindiennes. Des restrictions concernant sa vente aux Amérindiens seront émises éventuellement et, tout comme pour l’ivrognerie, les coupables seront sévèrement punis.
Au Québec, au XIXe siècle, des mouvements de tempérance contre l’alcool apparaissent et prolifèrent, en même temps qu’arrivent des États-Unis les premiers colons anglophones. Ces derniers s’installent en Estrie et apportent leurs coutumes et traditions, notamment la recette de fabrication du whisky blanc à partir de pommes de terre (1).
À cette époque, les ´ distilleries connaissent une courte mais fructueuse carrière dans les Cantons-de-l’Est. En 1831, la région compte le tiers des distilleries du Bas-Canada. À Stanstead, ville frontalière, on en a déjà dénombré jusqu’à vingt-six (2).
Cependant, à la fin des années 1850, l’industrie de la distillerie est déjà à son déclin. La maladie qui décime les récoltes de pommes de terre, les mouvements de tempérance, ainsi que la production artisanale, sont autant de facteurs qui conduisent à la décroissance de cette industrie.
Coaticook, petite municipalité située près de la frontière canado-américaine, n’échappera pas aux malheurs des distilleries estriennes. Les deux seules entreprises du genre à voir le jour seront celle de Samuel Cleveland, construite en 1848 (sise au croisement des rues Saint-Paul et Child) et, à proximité, celle d’Edmond Davis, construite un peu avant 1851. Les entreprises coaticookoises resteront en opération le temps d’un lustre.
Aux côtés des deux distilleries industrielles, on peut présumer, jusqu’au XXe siècle, l’existence de dizaines de distilleries artisanales. À Coaticook, on utilisait le plus souvent le surplus des récoltes (3), chez certains artisans, à des fins de consommation personnelle, et chez d’autres à des fins lucratives, l’alcool étant vendu au marché local.
Le whisky blanc fut la boisson du peuple durant la seconde moitié du XIXe siècle. Son mode de fabrication était simple et bien connu, et la matière première peu coûteuse et accessible (des pommes de terre provenant en majorité de la région de Barford).
Au début des années 1900, les francophones deviennent majoritaires (4) et le whisky fait place tranquillement au vin et à la bière, des consommations associées aux Canadiens d’origine française. Ce changement démographique donnera un sursis aux politiciens qui n’auront pas à s’interposer immédiatement dans le dilemme de la prohibition, le vin et la bière étant tolérés par l’Église catholique.
Toutefois, en 1918, plus d’un millier de localités se prévalent de la loi Scott et interdisent la vente d’alcool sur leur territoire. Subitement, le gouvernement provincial vote la prohibition, par une loi qui ne prendra effet qu’un an plus tard, soit le 1er mai 1919, et qui ne concerne que la vente de boisson alcoolisée, les bières à faible taux d’alcool (moins de 2,5 %) demeurant permises. Le délai ainsi créé permet aux opposants à la loi de former une coalition. Les brasseurs de la province lancent une campagne publicitaire vantant les vertus de la bière.
´ Le 10 avril 1919, le gouvernement québécois tient un vaste référendum sur la question de la vente de la bière et du vin. Les Canadiens français, majoritaires dans la province, votent en faveur de cette vente. C’est ainsi qu’en 1919, le Québec devient le seul endroit en Amérique du Nord à ne pas être au régime sec. Seules les boissons fortes sont prohibées. ª (5)
À partir de ce moment-là, en Estrie comme dans bien des régions du Québec, de nombreuses distilleries artisanales voient le jour. La ´ bagosse ª entre officiellement dans l’histoire de la contrebande québécoise. Les autorités sont alors confrontées à un nouveau phénomène. Le gouvernement du Québec adopte une solution marginale, le 1er mars 1921, en étatisant le commerce de l’alcool.
Aux États-Unis, la prohibition causera d’importants désordres sociaux jusqu’en 1933. Elle entraînera de nombreuses activités criminelles, notamment la contrebande d’alcool. L’un des plus célèbres bootleggers de l’époque, Alphonse Capone (1899-1947), surnommé ´ Al ª, laissera des traces à Coaticook par l’entremise de ses hommes. Pendant plusieurs années, ils viendront y transiger dans la région d’Hereford.
Des meurtres à Coaticook.
Les Cantons-de-l’Est en général, mais surtout les villes frontalières, vont vivre intensément la période de la prohibition : Coaticook, Stanhope, Stanstead, Hereford et East Hereford seront des centres de ravitaillement importants pour les contrebandiers.
La contrebande va donc jouer un rôle majeur dans l’économie de la région. Plusieurs individus feront fortune : les tenanciers d’hôtels profiteront du passage des buveurs américains venus se désaltérer, tandis que d’autres s’enrichiront directement dans le trafic des boissons alcoolisées.
Coaticook connaîtra aussi son lot de violence à la fin des années 1920, alors que les familles Saint-Pierre (d’Hereford) et Malloy (de Coaticook) tenteront de monopoliser la contrebande d’alcool près des frontières canado-américaines.
Un premier incident survient le 23 octobre 1928 (6). Il se termine dans des circonstances nébuleuses (7). Un chef de police, un huissier de la Cour supérieure et un agent d’assurances sont retrouvés morts dans une voiture renversée dans la rivière Connecticut, entre Canaan et Beecher Falls (Vermont). La population croit à l’assassinat : les trois hommes avaient pour devoir de surveiller les douanes et le trafic d’alcool. Aux États-Unis, on classe l’affaire en concluant à une noyade accidentelle...
Dans la nuit du 13 novembre 1930, une fusillade éclate à Hereford, près du lac Wallace. Cette fois, il n’y a aucun doute quant au mobile. Deux trafiquants bien connus, Albert Saint-Pierre et René Malloy, cherchent à s’emparer du trafic d’alcool. Saint-Pierre tend un piège aux frères Malloy. Bilan : René est tué, tandis que son frère est sérieusement blessé. Quelques mois après, Saint-Pierre est reconnu coupable de meurtre et pendu à Sherbrooke.
´ C’est finalement la crise écono-mique des années 1930 qui sonne le glas de la prohibition. Boire ou ne pas boire est une question dérisoire quand on ignore si on pourra seulement manger. Le 5 décembre 1933, la prohibition est abolie ª (8). Cela n’arrêtera pas pour autant le marché illégal de l’alcool. Entre 1959 et 1968, en Estrie, les policiers effectueront une cinquantaine de saisies d’alambics (9). Aujourd’hui encore, le trafic d’alcool est pire que jamais. Diverses études de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) (10) permettent de croire que les contrebandiers acheminent en moyenne deux conteneurs par semaine dans la seule région de Montréal (plus ou moins 32 000 contenants de 1,75 litres) et se partagent la rondelette somme hebdomadaire d’un million de dollars. Cela ne tient pas compte des laboratoires clandestins qui peuvent produire de 3 000 à 8 000 litres d’alcool par semaine.
Dans les anées 1920, les bootleggers transportaient l’alcool de l’actuelle Municipalité régionale de comté (MRC) de Coaticook vers les États-Unis. Aujourd’hui, les mouvements se sont plutôt inversés. À l’époque, si les contrebandiers d’envergure utilisaient les grands moyens, les petits bootleggers, quant à eux, n’étaient pas dépourvus d’imagination : tuyau enroulé autour de la taille (pouvant contenir de trois à six 40 onces) et camouflé sous les vêtements, trappes dans les vêtements, etc. Plus singulier encore, le truc de cet homme qui, à East Hereford, avait dompté ses chevaux à traverser seuls les frontières pour regagner leur écurie; sans oublier celui qui, dans les années 1950, dissimulait les bouteilles dans un corbillard.
En guise de conclusion
De toute évidence, la bière était le ´ parent pauvre ª de la prohibition, l’alcool tenant le haut du pavé. Elle n’avait pourtant pas à rougir de honte !
À Coaticook, au tournant du XIXe siècle, les bières importées se taillent une part du marché, notamment la Milwaukeer Lager Beer (des États-Unis) et les produits Guinness (d’Irlande). S’ajouteront massivement, dans les années 1920, les grandes brasseries canadiennes : Molson, O’Keefe, Labatt, et surtout les produits Dow Ale et Dawes Black Horse : deux bières qui plairont énormément aux consommateurs.
Les grandes brasseries produisent leurs bières à l’extérieur et engagent des distributeurs. Longtemps à cette époque et dans toute la région des Cantons-de-l’Est, l’agent distributeur de Molson a été D. W. Stenson. À Coaticook même, c’est le commerce V. Paradis et fils, situé sur la rue Main ouest, qui servait d’agent pour les produits Labatt (le porter surtout).
Certes, si on peut parler d’une troisième brasserie d’importance dans la MRC de Coaticook, on mentionnera la Brasserie Frontenac. Fondée en 1911, elle brasse, entre autres, la Frontenac Blue Label Lager (11). Dans les années 1920-1930, cette bière obtiendra un certain succès, principalement en raison de sa popularité chez les Américains.
Pendant toutes ces années, seulement deux grandes brasseries installeront des publicités murales faisant la promotion de leurs produits. Vers 1923, un panneau (recto verso, environ 1m X 2m) vantait les mérites de la Black Horse. Il était sur la terre d’un dénommé Côté, à Coaticoook Nord. Aucun chemin ne passait alors à cet endroit, mais l’annonce pouvait être aperçue du train qui traversait la terre. La brasserie Dow donnait à Côté 50 $ par année, une somme importante pour l’époque.
L’autre réclame date de 1925 et appartient à la brasserie Molson. Celle-ci avait convenu avec Côté d’entretenir la peinture extérieure de la grange familiale, située tout près de la réclame Dow ! Il est encore possible aujourd’hui de voir le calque dépeinturé de l’annonce sur les murs de la grange chambranlante. La dernière couche de peinture date des années 1950 ! Pour l’anecdote, en raison de cette immense publicité, les trois dernières filles Côté portèrent longtemps le sobriquet des ´ trois petites Molson ª.
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