L'encyclopédie de la bière
Récit d’un pèlerinage hors du commun
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- Publié le Jeudi, 08 Janvier 2009 22:48
- Écrit par Vincent Audette-Chapdelaine et Benoit Tessier
Bien au-delà du chocolat, des gaufres et des frites, la Belgique est le pays de la bière. Nous savions dès le départ que les quinze jours que nous allions passer dans ce pays grandement sous-estimé allaient être riches en découvertes et en expériences nouvelles dans notre jeune vie d’amateurs de bières.
Les chiffres ne mentent pas : la cinquantaine de sortes de bières différentes que nous avons goûtées entre les 16 et 30 juin 2004 ont fait de notre voyage en Belgique un véritable pèlerinage en cette terre où évoluent un si grand nombre de brasseurs. Planifiant notre itinéraire au jour le jour, nous nous sommes arrêtés, autour du 20 juin, dans un café Internet où un site de critiques de bières, www.beeradvocate.com, nous a informés de l’existence d’une rare bière belge : la trappiste Westvleteren, brassée depuis environ un siècle par les moines de l’abbaye St-Sixtus et considérée par plusieurs comme la meilleure bière au monde. Commercialisée seulement à petite échelle, la bière n’est disponible que sur place, à l’abbaye, au nord-est de la Belgique. Quoique certains cafés ailleurs en Europe se permettent de désobéir à la règle monastique et de revendre le breuvage à leurs clients.
Les trappistes de St-Sixtus brassent trois bières : la Westvleteren 6, une blonde à 5,8 % brassée avec trois types de houblons de la région ; la Westvleteren 8, une brune à 8 %, qui rend également honneur à la brasserie ; mais c’est la troisième qui la distingue… Effectivement, la meilleure des trois bières que brassent ces moines est sans contredit la Westvleteren 12, une brune à 10,8 % que nous savions infiniment onctueuse, opaque, aux parfums de caramel et de fruits. Il s’agissait précisément de l’objet de notre quête. La meilleure bière au monde…
Pour atteindre notre saint Graal, ou devrions-nous dire notre saint Calice, nous nous rendons à Poperinge, la ville d’une relative importance la plus près géographiquement de l’abbaye. Un étrange hameau qui semble replié sur lui-même dans l’espace et le temps. En pleine province flamande de la Belgique, nous trouvons tant bien que mal un hébergement, ainsi que des indications visant à nous guider jusqu’à l’abbaye. « Vous êtes des pèlerins? », nous demande l’employé du centre touristique, qui heureusement, parlait français. « On peut dire, oui. »
Le village de Westvleteren se trouve à plusieurs kilomètres de Poperinge. Un unique chemin pavé sinue entre les quelques habitations, les fermes et les champs d’orge qui peuplent cette partie méconnue de la Belgique. Quittant Poperinge vers les 7 h, avec rien d’autre qu’une miche de pain, un appareil photo et du vent dans les cheveux, nous partons vers le nord-ouest, vers Westvleteren. Nous nous perdons parmi les fermes, puis retrouvons notre chemin suite aux indications tordues de paysans louches.
Longeant la rue St-Sixtus pendant de longues heures, nous nous exaltons déjà. Notre séjour en Belgique achevait et cette marche impossible vers cet endroit mystique, vers cette supposée « meilleure bière au monde » constituait l’aboutissement symbolique de ce pourquoi nous étions restés si longtemps dans un si petit pays. L’excitation, la hâte, le doute et l’inquiétude s’entremêlaient. Perdus au beau milieu de nul part, croisant au hasard quelques cultures de houblon, nous dirigions-nous vraiment vers un café tenu par des moines où l’on sert la meilleure bière au monde ? C’est surréaliste.
Près de quatre heures après notre départ, nous arrivons au village de Westvleteren. D’un côté de la rue Donker, l’abbaye St-Sixtus, où des restaurateurs et amateurs venus de partout en Belgique font la file pour qu’un moine remplissent leur coffre d’autant des caractéristiques caisses en bois qu’il est possible d’en rentrer. De l’autre côté du chemin, le café In de Vrede, où l’on peut manger... et boire. Nous nous asseyons et on vient prendre notre commande. Nous pointons sur le menu : Westlveteren 12 – 3,40 euros. Est-ce vraiment si simple ? La bière légendaire que nous anticipons tant est-elle enfin à portée de lèvres ? Ou bien exagérons-nous depuis le début sa supposée supériorité par rapport aux autres bières ?
Quelques minutes plus tard, nous avons le verre devant nous. Vincent est le premier à y goûter et le changement instantané d’expression sur son visage, de scepticisme à exaltation, résume on ne peut mieux ce que tout texte n’arriverait à exprimer. Il a été touché par un ange. La dégustation de cette merveille est une expérience indescriptible, le doux breuvage agissant comme pont entre l’homme et les cieux. Le qualificatif de «meilleure bière au monde » est faible. L’harmonie totale, voire la perfection de cette bière, semble si improbable qu’il s’avèrerait impertinent de tenter une comparaison avec ce qui se brasse ailleurs.
Dans un silence… monastique, nous sommes retournés sur nos pas, quelques bières sous nos bras, le sourire au visage, une paix intérieure nous ayant empli le corps et l’âme... dans un si petit pays.
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Article originellement publié dans Le Sous-Verre, Vol. 1 no 5