L'encyclopédie de la bière
Ales, lagers, lambics: la bière - histoire
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- Publié le Jeudi, 15 Janvier 2009 01:45
- Écrit par Mario D`Eer - Chroniqueur
Histoire
Certains historiens de la bière se voulant physiologistes et évolutionnistes ont fondé le système nutritif de l'enfant à partir d'une sorte de bière : le grain d'orge mâché par la mère, mêlé de salive, très légèrement fermenté et passé de bouche à bouche, de mère à enfant... au temps jadis. Du plus profond des âges, au niveau instinctuel, c'est le tout premier baiser de l'humanité. Baiser de bière!
Gaston Marinx
Préhistoire
La bière n’a jamais été inventée ! Lorsque nous fouillons la mémoire de nos ancêtres à la recherche de la bière originelle, nous ne la trouvons pas. Nous devinons plutôt comment elle s’est développée, issue d’une sorte de gruau composé de grains d’orge et d’eau. Elle émerge des habitudes de certains troglodytes de laisser vieillir leurs bouillons avant de s’y tremper l’âme. Dès ce moment, on assiste à la création des premières agglomérations.
L’existence de la bière précède celle de l’écriture ! Toutes les explications offertes par la science concernant son origine se basent sur des spéculations déductives. L’une des plus belles questions débattues dans les chaires universitaires est celle de déterminer lequel des deux aliments est antérieur : le pain ou la bière ? La réponse me semble être une évidence incontestable.
En quête de nourriture, les peuples précolombiens se déplacent considérablement, à partir du berceau africain, pour finalement conquérir la Terre. Les historiens s’entendent pour avancer que le développement de l’agriculture sédentarise ces nomades. D’après les archéologues, le premier grain cultivé est l’orge. Pourquoi l’orge ? Par besoin de brasser ou parce qu’il s’agit de la céréale la plus facile à cultiver ? Encore une fois, la réponse est chaudement débattue autour de bonnes pintes de bière et quelques bouchées de pain...
L’homme ancien apprivoise donc l’orge et la vénère comme le dieu des collines du soleil levant. Le perfectionnement des techniques agricoles conduit naturellement à la production de surplus qu’il doit entreposer. Des difficultés se présentent, notamment celle de protéger les réserves. On doit se méfier de la vermine et des rongeurs. La nécessité étant la mère de l’invention, la femme invente une technique originale d’entreposage : maintenir les grains dans des récipients remplis d’eau. Voilà comment, ou plutôt pourquoi les jarres sont inventées. Les conditions sont maintenant réunies pour que de la bière en émerge. Certaines semaines, l’orge a le temps de germer. En été, les enzymes produisent des sucres plus ou moins fermentescibles. Déjà riche en levure, cette soupe a souvent l’occasion de fermenter. La bière se dessine lentement. Voilà pourquoi plusieurs anthropologues croient que les vases et pots de glaise ont été inventés pour la fermentation et l’entreposage de la bière. Lorsqu’il se nourrit de ce gaspacho, le premier homme se sent ragaillardi et surtout plus heureux. Les durs labeurs de la vie sur terre lui apparaissent plus humains, du moins, il y voit une intervention divine. C’est sûrement en se laissant bercer par la douce sensation d’immortalité que procurent ses premières cuites qu’il invente la légende chrétienne du paradis terrestre.
Si nous acceptons cette hypothèse, la bière constitue l’un des déterminismes qui transforment la vie nomade en vie sédentaire et, par voie de conséquence, elle est également à l’origine de la création des premiers villages ! On pose la première pierre à Sumer. On y retrouve les plus anciens documents officiels traitant de la bière. Ces témoignages écrits datent de 4 000 ans avant l’ère chrétienne. L’aliment est connu sous le nom de sikaru.
Cette boisson sucrée demeure cependant fade et neutre. Son effet sur l’esprit est désirable, mais on tente déjà d’en relever la saveur avec des fruits et des épices. Les aromates les plus souvent utilisés chez l’ancien Égyptien sont le gingembre et le miel, mais on retrouve également la menthe, la marjolaine, le persil, le lupin et le safran bâtard. On constate que le raisin et le miel améliorent son pouvoir de communication avec les êtres supérieurs.
Le pain des guerriers
Au moment où l’homme veut transporter avec lui son aliment préféré, il invente une façon pratique de le déshydrater afin de le dissimuler dans ses goussets. Ce pain de bière se nomme Ouadjit. Il y a tout lieu de croire que cette technique est particulièrement appréciée sur les chantiers de construction de certains mégalomanes, qui sont en train de construire des pyramides, ainsi que sur les champs de bataille. Il suffit d’émietter la galette, de la faire tremper et puis de boire. Le pain vient d’être inventé, les longues guerres aussi, hélas ! Le pain est de la bière solide, que l’on transporte sur les champs de bataille.
L’ancienne Egypte attribue à Osiris, protecteur des morts, roi des champs d’Ialou, l’invention de la bière. Quelques siècles plus tard, du côté du christianisme, nous devons à Sem, le fils de Noé, la première bière post-diluvienne, la sekkar. Malgré ces allégations plutôt paternalistes sur la création de la bière, en règle générale on attribue à notre Mère Terre le crédit de la création de ce nectar.
Femmes et déesses
Les déesses ont fait le don de vie et d’abondance aux humains il y a 20 000 ans, et leur amour maternel donne le talent de brasseurs aux femmes. Comme l’écrit le savoureux Marcel Gocar dans Le guide de la bière, « Il fut une époque au cours de laquelle la bière se consommait exclusivement dans les temples, servie par des prêtresses. Elle avait alors une signification religieuse et seules des femmes pouvaient procéder à sa fabrication ». Une fresque trouvée sur des tablettes d’argile de l’époque prédynastique de Sumer, le « monument bleu », décrit l’offrande d’une bière à la déesse Nin-Harra. Les tablettes de l’époque sumérienne mentionnent également les maisons de la bière tenues par des femmes.
La sikaru est placée sous la protection de la déesse Nin-bi. Le brasseur de l’époque, la Pa-E-Bi, jouit d’importants privilèges. La femme, celle qui brasse officiellement la boisson céleste, porte attention à l’effet de différents trempages sur les saveurs et lance une longue tradition d’études empiriques sur le brassage. Elle se sert de ses talents de brasseur pour maintenir un pouvoir et un statut particulier dans une société de plus en plus dominée par les hommes. On retrouve à Sumer plusieurs types de bières : d’épeautre, un ancien blé, nommé kurunnu; d’orge, la sikaru, et plusieurs autres que l’on obtient en mélangeant les deux premiers types. On demande une bière ordinaire en disant bi-du et une bière adoucie au sucre de dattes par niud. Le salaire de base des ouviers est calculé sur une quantité de bi-du : trois litres par jour !
La plus ancienne loi réglementant le brassage et la vente de la bière sur terre, le code du roi Hammourabi ( 1728-1686 av. J.-C. ), traite de la bière de façon précise. Il en réglemente la fabrication, condamnant à la mort toute prêtresse qui ouvre un débit de bière sans autorisation formelle.
La bière devient un objet de culte dès les premières gorgées et est intégrée à plusieurs rites religieux. Elle constitue un baume de joie et de réconfort que les déesses offrent à l’espèce humaine. Comme la bière s’empare de l’esprit du buveur, il est évident qu’elle doit être elle-même l’esprit des dieux. Sa consommation offre un moyen de communication avec eux. Elle constitue alors la plus belle offrande aux déesses, les esprits féminins de la naissance et de la fertilité. Les premières divinités brassicoles semblent être la fille de Ninkasi ( la dame de la bouche pleine ) et Siris, déesse du moût.
Les anciens Égyptiens passent la majorité de leur vie à planifier leurs prochaines existences. Comme la bière et l’immortalité sont étroitement unies, ils en oignent les nouveau-nés et ils en apportent dans leur dernier sommeil. Les plus riches font construire des brasseries miniatures dans leurs tombes. Soulignons ce lien céleste dans l’utilisation des aromates, non seulement dans l’art brassicole mais dans celui de l’embaumement. Être soûl signife être en état de grande spiritualité. Le palais des pharaons offre à la famille royale des bières... royales. Ils reçoivent annuellement des milliers de vases de bière sous forme de taxes et de royautés en pro-venance des villes, des territoires et des pro-vinces. Comme à Sumer, le salaire mi-nimum est liquide : deux jarres de bière par jour.
Bière est synonyme de vie. Ses vertus médicinales amplifient l’importance de sa consommation : elle apaise le stress et les tensions associées aux conditions de vie primitives. Le Papyrus Ebers donne 600 prescriptions médicales pour soulager toutes les souffrances de l’humanité. L’ingrédient principal d’un grand nombre de ces cures est la bière. La célèbre boisson devient également rétribution pour les personnes au service de l’État : ouvriers, fonctionnaires, prêtres, soldats. Les écoles supérieures enseignent le brassage bien avant l’écriture et la lecture.
L’ancienne Égypte produit beaucoup de documents relatifs à la bière : fresques murales, papyrus, offrandes dans les tombeaux. On y stipule que la vente de bière en échange d’or ou d’argent est interdite. Le vendeur de bière doit vendre sa bière en échange d’orge ayant la même mesure que la quantité de bière reçue. Toute infraction voit le brasseur jeté à l’eau.
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