L'encyclopédie de la bière
Est-ce que les micros peuvent jouer dans les plates-bandes des macros?
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- Publié le Mardi, 18 Mars 2008 00:00
- Écrit par Alain Geoffroy - Chroniqueur
C’est en buvant la Public House de Brasseurs & Frère – j’insiste sur boire plutôt que déguster – que m’est revenu en tête le questionnement profond de Sylvain Cloutier à savoir pourquoi, mon dieu pourquoi, est-ce que les microbrasseries donnent ainsi dans la désinvolture ?
La question mérite réflexion. À prime abord, il semble incongru de créer une raison sociale pour mettre en commerce, et à plus petite envergure, un produit offert en quantité industrielle qui concurrencera le vôtre de façon outrageusement agressive.
Il y a aussi dans l’inconscient populaire une espèce de légende qui persiste et consiste à faire croire que les bières de microbrasseries sont nécessairement différentes, pire, une réaction à l’aseptisation du goût, projet machiavélique fermenté par les big breweries nord-américaines. Les micros se voient donc transformés en pamphlets socio-politiques et portés à bout de bras par de fiers guerriers du goût avec la mince tâche de préserver l’espèce.
Et pourtant… Qui se rappelle des premières microbrasseries à avoir timidement mis son pied québécois sur cette terre incertaine au début des années 80? Massawippi, dont le permis est à l’origine de celui d’Unibroue, produisait-elle une bière bien différente de celle qu’on retrouvait dans tous les points de vente? Et les premières Belle-Gueule? Quelle était alors la « mission » des bières de microbrasserie et pourquoi serait-elle différente aujourd’hui? Est-ce que quelqu’un a dit à quelque part qu’une microbrasserie est un organisme à but non lucratif visant à offrir aux dégustateurs de bière un produit à la fois différent, attrayant et bien fait?
Question de vous faire participer au débat, et ainsi d’en étoffer grandement la consistance, je vous lance tout de go deux arguments qui vont dans le sens de la logique ci-dessus décrite et deux qui font ombrage à une telle pratique. Je vous enjoins fortement à réagir, de façon à ce que je puisse publier une thèse à mon compte et devenir riche grâce à vous. Et ça donnera l’occasion à notre vénéré webmestre de nous expliquer clairement comment on peut donner son avis public sur un article dans ce site.
Argument no 1
Ce n’est pas parce qu’on est une microbrasserie qu’on doit nécessairement être différent.
Argument no 2
On doit offrir ce que les gens sont prêts à acheter. Il faut reconnaître qu’il y a de l’éducation à faire pour habituer les gens à un autre goût que celui que les monopolistes nous imposent depuis des années. Faut vivre. Je me rappelle de la frustration de Fred Tremblay (ndlr : brasseur-propriétaire de la Microbrasserie Charlevoix) qui a dû ranger ses rêves bien au chaud dans une armoire pour brasser des « petites bières faciles » à la naissance de la Microbrasserie Charlevoix.
Contre-argument no 1
J’ai payé 2,49 $ pour ma Public House (désinvolte légère à 4 %), pour une fraction du prix j’aurais pu me procurer une commerciale.
Contre-argument no 2
Si c’est votre première visite chez Brasseurs & Frères et que vous tombez sur une Public House, vous serez sur l’impression légitime que toutes leurs bières donnent dans la désinvolture (ce qui est loin d’être le cas, car – et même ce produit le prouve— Brasseurs & Frères est une excellente brasserie qui fait des produits stables et de qualité). Vous en arriverez même à vous poser la question de S-JC : mais pourquoi???
Remarquez que je suis quand même de ceux qui disent qu’une micro qui fait de la bonne désinvolte vaut mieux qu’une micro qui fait de la mauvaise bière… mettons spéciale.
(L'article apparaît ici tel qu'il a paru chez Bières et Plaisirs)