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Pèlerinage à Anvers : deux jours paradisiaques
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- Publié le Lundi, 01 Septembre 2008 01:37
- Écrit par Hervé Loux - Chroniqueur
Le voyage était initialement prévu pour le 13 et 14 mai, mais comme des mouvements sociaux (on appelle cela aussi des grèves) étaient prévus le 13 mai, nous avions décalé notre périple. Hélas, nous n’avions pas prévu que le 14 mai au matin allait tourner au cauchemar, pas de métro, de R.E.R et encore moins de taxis. Nous sommes donc allés à la gare du Nord par nos propres moyens, nous sommes bien entendus arrivés en retard pour prendre le train (Thalys), mais dans notre malheur, le train était en retard. Par un équilibrage digne du Ying et du Yang, nous avons pu prendre notre train et arriver à Anvers Berchem aux environs de 12h30. Une dernière navette nous conduisant de Berchem à Anvers centre.
Première impression à Anvers, la gare style art nouveau est magnifique très aérienne et lumineuse. En route pour déposer les bagages à notre hôtel sis dans le centre. Le temps est très variable et le vent un peu frigorifiant, nous remontons la De Keyserlei et arrivons en vue de 2 bâtisses plutôt imposantes avec les toits noirs et ors, un peu baroque, le style est plaisant. Quelques rues et nous voilà à l’hôtel, l’accueil est plutôt sympathique, le décor extérieur aussi, par contre la chambre est très fonctionnelle. Quoiqu’il en soit nous avons très bien dormis et c’était là l’essentiel. Venons en à la suite. Nous décidons d’aller déjeuner au Horta Café, lieu que j’avais repéré dans un magazine avant de partir. L’endroit est lui aussi style art nouveau avec un intérieur bois, chaud et accueillant.
Nous nous installons et commandons en guise d’apéritif une Palm non filtrée à la pression
Premières notes de dégustation
Special Palm, 5%, Couleur ambrée claire à l'aspect trouble. Mousse crémeuse d'environ 1 cm, bue dans un verre de type "gueuze" ou blanche Hoegaarden.
Odeur: fraîcheur, sensation d'une petite odeur aigrelette.
Goût 1) Légèreté et une pointe de "vanillée", très agréable, du petit lait !!! 2) Fraîcheur, saveur, pas très complexe en fait, mais se boit sans fin. La mousse est vraiment persistante, excellent !!! 3) De la douceur et une touche vanillée, légèrement poivrée.
Note: 16/20.
Nous passons ensuite notre commande, Claudine choisit un «Conchiglioni au chorizo, légumes de la Méditerrannée et carpaccio de thon», de mon côté je choisis un plat intitulé «filet de quenelle de brochet à l’étuvée de poireaux, sauce homard et Rodenbach grand cru». Nous buvons avec cela une Rodenbach Grand Cru. Les 2 plats sont vraiment succulents, et le reste de la carte est plutôt alléchant.
Nous poursuivons par la visite de la maison de Rubens située à quelques pas du café. La visite est très agréable, tant l’extérieur, que l’intérieur, puis nous enchaînons par un petit tour en ville, les rues et bâtiments sont très flamands, et en semaine il n’y a vraiment pas beaucoup de monde, j’ai même pu prendre en photo la Grote Markt (Grande Place) sans une personne dessus!!! On en profite aussi pour voir les rives de l’Escaut, mais le vent nous frigorifie vraiment. Nous en profitons donc pour boire une … eh non, pas une bière, mais un café bien chaud, il faut être raisonnable tout de même !
Quelques repérages de tavernes et nous arrivons au magasin de bières cité dans « le Petit Futé bières belges 2ème édition». Il y a effectivement du choix environ 280 sortes, malheureusement les prix sont plutôt tirés vers le haut. Enfin le premier objectif est atteint à savoir revenir en France avec une Malheur Brut, première bière méthode champenoise (De Landstheer).

J’en profite pour rapporter d’autres bières: Winter Koninck (De Koninck), Urthel Tonicum Finiboldhus (DeLeyerth), Abdijbier St Andriaans Blond (Van Steenberge),Pagadder (De Koninck) la bière des galopins, Sinpalsken Donker (De Cock), Ename 974 (Roman), Affligem patersvat Blond (Affligem), Atomium premier grand cru (Van Steenberge).
Nous regagnons l’hôtel, un peu de repos et nous repartons aux environs de 20h00 en quête d’une taverne de renom et où il est possible aussi de manger un morceau. Finalement notre chemin nous amène par magie (non c’était prévu et étudié, alors on suit toujours) à la taverne T’Waagstuk où le petit bonhomme au chapeau (Les tastebières Objectifs) trône sur le devant de la taverne.
Nous entrons donc, c’est calme, il y a quelques clients et un jeune homme au comptoir. Après être restés plantés quelques instants, nous entrons dans une deuxième salle et nous nous installons au coin d’une cheminée dont l’âtre est fermé. La chaleur est faible, mais au vu de la relative fraîcheur du dehors, c’est toujours agréable. Nous attendons là quelques longues minutes, j’en profite pour faire l’inventaire de la carte et j’y trouve de quoi satisfaire ma curiosité, en effet je trouve quelques bières belges dont je ne connaissais même pas l’existence.
Or donc, le jeune homme prend enfin notre commande, comme il ne parle que flamand (et pas français), nous discutons en anglais. Nous commandons tant bien que mal un croque-monsieur ou quelque chose y ressemblant, mais là n’est pas le plus important. Le plus important, ce sont les bières. Je choisis donc une gueuze De Cam.
Deuxièmes notes de dégustation
Brasserie De Cam, 6,5%, 37,5 cl. Je n’ai pas réellement de notes de dégustation, j'ai préféré boire cette gueuze au calme, paisible. Cette bière a été servie dans les règles de l'art, à savoir le petit panier en osier où l'on dépose la bouteille de 37,5 cl. Le service a été aussi à la hauteur, parfait rien à dire, du pur bonheur. De mémoire la couleur était chatoyante, et d'un point de vue saveur, j'ai trouvé un très bel équilibre. A reboire, très belle réussite dans ce style. Note 16/20), et je conseille à Claudine une gueuze Boon Mariage Parfait (titrant 8%).
Les bières sont servies dans des paniers en osier, avec le verre adéquat et à la bonne température, vraiment c’est du bonheur. Nous profitons de la tranquilité, car nous sommes seuls comme des bienheureux. Avant de partir, je rejette un nez dans la carte et je vois une bière nommée Zeppelin (inconnue!!!). Je décide d’en prendre une pour la déguster à la maison. Le serveur me précise dans un bon anglais, que cette bière est explosive, et donc d’avoir un verre à portée de main au moment de la servir. Concernant cette bière, les données de l’étiquette sont insuffisantes pour en connaître la provenance exacte, c’est une bière belge et commémorative, elle titre 8% mais pour le reste, surtout le brasseur, je sèche. Nous rentrons calmement à l’hôtel, les rues sont désertes et certaines bâtisses prennent un tout autre relief dans la nuit.
Jeudi 15 mai, objectif de la journée, prendre du bon temps, visiter Anvers en flânant et puis faire une halte à la taverne Kulminator (l’antre des tastebières Objectifs).
Première étape: visite du quartier des diamantaires autour de Pelikaanstraat, la rue des bijouteries à touche-touche sur plusieurs centaines de mètres. Puis nous pénétrons plus à l’intérieur du quartier et nous cotoyons des personnages hauts en couleur, d’origine et de confession diverses, Hébraïque, Indiens, Africains, toutes ces personnes gravitant autour du marché du diamant, pour rappel environ 80% de la production mondiale de diamant transite par Anvers.
Nous flânons et chemin faisant, près de la place du théâtre, nous découvrons un magasin de bières, hélas, trois fois hélas, c’est une journée de fermeture. Je me contente de regarder la vitrine, de faire quelques photos de bières inconnues ou nouvelles. Je note surtout, que les prix sont nettement plus bas qu’au magasin trouvé la veille et qui était référencé dans le «Petit Futé bières belges 2ème édition» que je ne félicite vraiment pas pour le choix de la boutique pour les bières à Anvers.
13h00, nous arrivons enfin en vue de la taverne «Kulminator». Nous entrons, pas de clients (nous sommes en semaine). Nous nous installons à une table dans un coin avec vue au dehors, sur le bar et le reste des lieux. Le patron et la patronne, 45/50 ans attendent bien paisiblement. Je prends en main la carte, enfin plutôt le roman des bières disponible. En fait il faut savoir que cette «taverne» existe depuis 25 ans et que son propriétaire entrepose en cave chaque année des bières de longue garde. Ainsi vous pouvez trouver des Chimay capsule bleue datant de 1981 à nos jours, extraordinaire non? Comme nous avons une petite faim, nous prenons une part de fromage fumé et des mini salamis, ça reste assez neutre pour la bière au niveau du goût, c’est certes un peu gras pour la mousse, mais bon!!! La liste potentielle des bières étant vraiment trop gigantesque, je vais assez rapidement vers 2 bières connues, la première pour Claudine, une Rodenbach Alexander (sa bière préférée), bière qui hélas a disparu des tablettes lors du rachat de la brasserie Rodenbach par la brasserie Palm. Il paraît même que la Rodenbach grand cru a failli disparaître à ce moment là, mais que devant les nombreuses voix qui s’élevaient, la Rodenbach grand cru a pu continuer à vivre: information ou rumeur?
Quoiqu’il en soit, Claudine a pu avoir sa Rodenbach Alexander dans son verre. Vous remarquerez sur la photo, le bon goût de Claudine quant à la décoration, son manteau est assorti à la bière et au verre dans les tons noir et or!!! De mon côté, j’ai choisi une Stille Nacht 1982 (21 ans passés en cave) (une de mes 5 bières préférées sur les 2000 testées), son prix pourrait paraître excessif pour des novices, mais à 10 euros, j’estime que c’est vraiment un cadeau. La patronne nous sert parfaitement les bières, et nous pouvons un peu parler avec elle, son mari hélas ne parlant que flamand et allemand à l’occasion. La bière a beaucoup évolué en 20 ans de vieillissement.
Troisièmes notes de dégustation
Stille Nacht 1982 (20 ans d'âge). Brasserie De Dolle Brouwers, 8 %. Couleur brune sombre (sa couleur initiale est plutôt ambrée flamboyante). Mousse ocre qui reste en surface. La bière a été servie dans le verre idoine, un verre ballon de la brasserie De Dolle Brouwers.
Odeur: Xérès de type Oloroso voire Amoroso ou un vieux Porto.
Goût 1) Une volupté comme du Porto 2) Un petit-arrière goût acidulé 3) un côté peut-être Malaga ? Mais surtout la dualité sucré-acidulé et des arômes envoutants 4) Toujours cette même sensation ... Je salive encore quand je pense à cette bière, j'en ai encore la mémoire olfactive dans ma tête. Superbe exemple de bière qui peut vieillir à merveille. Note : 20/20). Nous discutons de temps à autre avec la patronne très serviable, sympathique et je remarque un autre bonheur, le livre que je cherchais depuis 6 ou 7 ans est là devant moi, disponible, la bible (Bierjaarboek 1995-1996, dernière parution) de Peter Crombecq répertoriant les bières du Bénélux, les bières d’étiquettes et triées par différents thèmes. Ce livre est certes écrit en flamand, mais dans ce cas on arrive toujours à comprendre de quoi il s’agit. Quelle journée!
Nous profitons du moment, seuls et paisibles, pour écrire quelques cartes postales à notre famille et nos amis. Bien entendu la bière précédente étant finie, nous commandons chacun une nouvelle bière. Je conseille à Claudine une Liefmans Goudenband (année 2000) proche bien que différente de la Rodenbach Alexander. J’en profite pour la goûter aussi, je la trouve bonne, mais nostalgie du passé ou pas, je trouve que cette bière était meilleure dans les années 1988-1992. Malgré tout, c’est une référence de par son style très particulier. De mon côté je choisis une bière qui m’est inconnue, une Gravensteenbier Triple.
Quatrième notes de dégustation
Gravensteenbier Triple, Bière de 1996, Brasserie Van Steenberge, 9%. Couleur blonde à l'aspect très trouble. Mousse d'environ 0,5 cm (dans un verre calice).
Odeur: Malt un peu vieux.
Goût 1) Vieux malt, un goût vraiment de céréales mais agréable, on ne sent pas trop l'alcool (9%). 2) Une certaine douceur, puis une fin sur des notes de céréales, voire de miel (commentaire de Claudine). 3) Effectivement une sorte de mélange entre céréales et miel 4) même impression. test intéressant, je pense que cette bière n'aurait pas vieilli beaucoup plus. Note: 15/20)

En continuant à lire la carte, je remarque une Stille Nacht (2002) titrant 12% au lieu de 8%. Le patron me dit que la levure a changé d’où cette différence assez conséquente. A mon retour en France, j’en ai profité pour envoyer un message électronique à la brasserie De Dolle Brouwers qui m’a gentiment répondu sur ce sujet. En effet la levure a changé (apparemment la levure initiale a été perdue, ils essayent d’en recréer une à l’identique pour garder ce goût acidulé de la Stille Nacht et de l’Oerbier. Donc pour la Stille Nacht, le degré d’alcool est passé de 8% à 10%. Par ailleurs à partir d’une autre levure, la Boskeun (faite à base de malt pale, du sucre de canne en chaudière et du miel pour refermentation) titre aussi 10% au lieu de 7% pour l’année 2002.
Chemin faisant, je parle de la bière au sein de mon corps, une envie naturelle m’est venue et je me dirige vers les toilettes. En route j’aperçois le long du couloir derrière une vitre des Thomas Hardy 1982, des Imperial Russian Stout de 1983, je les regarde tellement qu’une marche vicieuse vient se glisser devant mon pied et me voilà allongé comme une crêpe!!! Heureusement je me relève sans mal et j’entre dans les toilettes (en souriant de ma bévue) amusantes et sympathiques, désolé je n’ai pas pris de photos. Au retour, Claudine pour me rassurer me dit que concernant la fameuse marche, ce serait une petite erreur d’architecture, dixit la patronne.
Après 2 bonnes heures, nous quittons l’établissement, plein de souvenirs et de photos. Nous continuons à déambuler dans Anvers, de ci de là, nous flânons, le temps est agréable et le cadre est sympathique. Nous décidons avant de reprendre notre train, de découvrir une dernière taverne sur la longue liste que j’avais préparée avant de partir en piochant dans différents livres (voir ci-après). Nous passons par des ruelles sympathiques très étroites, devant différents établissements.
Finalement notre choix se porte sur «De Groote Witte Arend»: le grand aigle blanc. La cour intérieure pour y parvenir est très jolie, l’enseigne aussi. Nous pénétrons à l’intérieur et nous nous installons à une table, la cadre est plutôt chaleureux et de bon goût, mais ne ressemble pas aux autres tavernes, c’est une ambiance plus feutrée, un peu comme un salon de thé. On nous apporte la carte et là aussi, ce n’est pas une bonne vieille carte faite de vieilles pages façon parchemin, mais une carte plastifiée, presque trop propre. Nous cherchons sur la carte, le pourquoi de notre visite, à savoir d’après le magazine belge Bière Passion Magazine (numéro de septembre-octobre-novembre 2001), un choix de 30 fromages accompagnés des trois bières Maredsous. Nous relisons la carte plusieurs fois, mais nous ne voyons rien de tel (c’est écrit en flamand). Nous faisons appel à la serveuse et elle nous fait voir sur la carte ce que nous cherchons. En fait, il s’agit en tout et pour tout d’un assortiment de 4 fromages différents servis avec une Maredsous blonde ou brune au choix. Nous sommes un peu déçus sur le coup, mais nous attendons, assez longtemps d’ailleurs et puis on nous sert, la bière est à bonne température, les fromages sont bons, on ne saura jamais d’ailleurs de quels fromages il s’agissait, la barrière de la langue étant parfois difficile à franchir. C’est plutôt copieux et nous avons du mal à finir. Nous partons un peu déçu sur la variété du choix et sur l’ambiance, un peu tristounette. A déconseiller pour le vrai amateur de bières, le choix de bières n’est pas énorme et l’ambiance pas très «taverne». Pour être totalement objectif, cet établissement a reçu un prix du meilleur café du Bénélux pour l’année 1999.

La fin de la journée s’achève, nous ramenons quelques chocolats et aussi du fromage, Chimay et Maredsous, que nous goûterons à notre retour en France, très bons tous les deux.

C’est la fin de la journée, nous partons vers la gare, prendre notre train pour la France. Dans le train, nous repensons à Anvers, ville attrayante avec sa gare style art nouveau, aux maisons très en hauteur, aux petites ruelles, aux nombreuses tavernes, aux nombreux cafés, aux nombreux musées. On pense encore au quartier des diamantaires, aux bords de l’Escaut, il y a même un zoo très réputé. On se dit que c’est un endroit où il fait bon passer 2,3 ou 4 jours en amoureux, il y en a vraiment pour tous les goûts. Sur 2 jours, il est conseillé de choisir un hôtel en ville (bien que les tarifs soient assez élevés) et de venir en train (2h00 de Paris en Thalys), pour 3 ou 4 jours, des gîtes aux alentours d’Anvers existent, beaucoup moins chers. Le petit inconvénient ensuite étant alors de garer son véhicule à Anvers, la ville étant plus propice à la balade à pied.