L'encyclopédie de la bière
Demain l’hiver
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- Publié le Mercredi, 31 Décembre 2008 16:42
- Écrit par Mario D`Eer - Chroniqueur
Le boxing day a pris des allures bien particulières cette année. Nous avons remplacé les boîtes par nos valises et avons pris la direction de la Floride au petit matin, au départ d'Ottawa. Vingt-deux heures de voiture selon Google Map, qui n’avait pas prévu le bouchon en Pennsylvanie et ni celui du Maryland autour de Washington. Quarante-cinq minutes chaque. Une journée complète donc pour nous rendre assister au lever de soleil à Daytona beach.
Une rotation complète de la terre sur elle-même derrière le volant, sauf pour faire boire le réservoir du moteur. Le chauffeur quant à lui était au régime sec. Ou plutôt à la diète de café qu’il faisait couler au compte-gouttes pendant tout le voyage, remplissant sa tasse en synchronisme avec l’essence. L’exploit n’a pas été de maintenir une concentration derrière le volant pendant une journée complète. Il fut plutôt celui de ne pas prendre une gorgée de bière pendant une journée entière. Enfin pas tout à fait. À l’arrivée au petit matin, soit exactement 23h45 minutes après avoir quitté Ottawa, il s'est offert une Spaten Lager tablette sur le stationnement de l’hôtel. Un plaisir immense. Nous nous étions procuré une caisse dans une boutique spécialisée située derrière une station de service. 25 $ US pour 24 bouteilles allemandes : 8 Spater Lager, 8 Optimator et 8 Hefe-Weissebier Franziskaner. Une et trente-cinq la bouteille en dollars canadiens. Un deal. Un hestie de deal comme on dit.
Honnête lager blonde
La lager blonde, une très honnête hells, portait fièrement sa signature de malt. Elle passait bien par où elle devait passer. Une savoureuse tranche de pain liquide au déjeuner. Un discrèt soupçon de houblon flottait à l’horizon palatal. Champêtre et non amère. Plus tard sur le balcon du condo, elle allait préparer de façon efficace les papilles afin de soulever la fraîcheur fruitée de banane de l’héritière brassicole de la brasserie voisine du couvent des frères Franscicains de Munich. Les moines fransiscains, aussi nommés frères mineurs, n’ont jamais brassé cette marque ! D'ailleurs, un indice pour savoir qu'une bière d'abbaye n'est pas une bière d'abbaye, est la présence d'un moine sur l'étiquette. Si un moine figure, il s'agit habituellement d'une simple évocation. C’est d’abord Seidel Vaterstetter qui opéra la maison de transformation de l’eau. Les familles Sedelmayr et Spaten ont pris le relais à différentes époques. De nos jours, la compagnie se nomme Spaten-Frankistaner-Braü. Assez d'ivresse périphérique, revenons au produit lui-même. Le pouvoir désaltérant de la Franziskaner Hefe-Weissebier apposait un baume de réconfort après cette journée dans les vagues, à me faire dorer le bacon et à tremper mes orteils dans le sable chaud. La double bock quant à elle n’a pas répondu à mes attentes au repas. Ses saveurs de caramel brûlé dominaient totalement sa personnalité. La fréquentation d’un bon vieux cheddar a toutefois transformé son caractère, faisant jaillir le coulis très sucré de son malt caramélisé fondant dans la crème du fromage. En compagnie de l'excellent Limburger du Amish Country, il formait un couple d’une grande finesse. La somptuosité de sa douceur dansait une valse romantique avec la croûte du fromage. Une belle conclusion à cette première journée de fuite de l’hiver. Pourquoi avoir choisi de la bière allemande alors que la boutique offrait plusieurs centaines de bières américaines? On ne pouvait acheter qu’en multiple de 24, ce qui gonfle en titi le prix des bières. Sans parler des deux ados que nous transportions. Il était clair qu’elles allaient piger dans nos réserves. Une bière deux coups. En allégeant nos inventaires, nous allions avoir la nécessité de renflouer nos provisions en nous procurant des produits plus typés. Nous leur faisions également découvrir d’excellentes options à la classique Corona qu’elles chérissent tant. Je dois aussi ajouter que la présence importante de la toponymie allemande, de la Pennsylvanie jusqu’à la Georgie, a certainement joué un rôle dans ma décision.
L’exode allemand aux États-Unis
Je savais déjà que la première grande révolution brassicole en Amérique du Nord était allemande. L’arrivée massive d’Allemands au pays de l’oncle Sam a fortement contribué au développement de la bière blonde de fermentation basse. Tellement en fait qu’on peut presque parler d’un génocide brassicole. Ces brasseurs ont directement participé à l’élimination de bières rousses d’inspirations britanniques identifiées comme des ales.
L’épicerie du coin n’offrait pas un choix impressionnant de bières locales. La série noble d’Aheuser-Bush-In-Bev y était bien mise en vedette. Il fallait acheter des multiples de six. Je n’ai pas écouté ma curiosité. J’ai plutôt tendu l'oreille à mon instinct d’historien. J’ai choisi la Traditional lager de la plus ancienne brasserie américaine toujours en opération : Yuengling.
La brasserie Yuengling
L’étiquette affirme qu’elle existe depuis 1829. Disons tout de suite qu’en 1829, la maison se nommait Eagle Brewery. Le fameux oiseau des étiquettes de la compagnie en témoigne toujours de nos jours. C’est en 1873 que la brasserie adopte le nom du patronyme de la famille lorsque le fils Frederick se joint au paternel David. Ma petite papille me souffle également à la mémoire qu’elle ne devait certainement pas porter le qualificatif de «traditionnal» lorsqu’elle a été mise en marché. La révolution de la fermentation basse venait tout juste de ce produire dans l’axe Munich-Vienne. La lager de l’époque était ce qu’il y avait de plus nouveau. Cette lager rousse évoque certainementt par sa couleur les premières bières de la maison. Souvenons-nous que la première bière blonde au monde naîtra treize ans plus tard à Plentz. Et comme argument final, il faut se souvenir que marque a été lancée en 1987, soit en pleine révolution microbrassicole. Elle est devenue la bière phare de Yuengling. La compagnie connaît une croissance importante depuis l’acquisition de Stroh en Flroride. On la voit partout dans cet état, même aux parcs thématiques d’Universal Studios, pourtant fortement patronnées par Anheuser-Busch. Que dire de cette bière maintenant? Un honnête lager rousse qui fait la job qu’elle doit faire : désaltérer. Le mince filet de caramel qu’elle allonge sur nos papilles est de bonne compagnie. La fine amertume du houblon est dissimulée derrière celle du caramel légèrement brûlé, ce qui porte ombrage à la somptuosité de la bière. À titre de bière de soif, elle n’accote pas la Spaten lager.
Voilà! C’était ma première chronique d’humeur de l’an 2008 pour le nouveau site BièreMagMonde. Ma dernière également, comme nous célébrerons le nouvel an ce soir dans un pub quelque part sur la côte Est de la Floride. Je ne connais pas encore le nom de la bière au menu. Je sais seulement que ce ne sera pas la traditionnelle Fin du Monde qui a marqué le changement d’année depuis son existence! Je vous souhaite un début d’année 2009 pétillante de bonheur.
Cheers!